Guerre Hamas-Israël: les scénarios pour les entreprises canadiennes


Édition du 25 Octobre 2023

Guerre Hamas-Israël: les scénarios pour les entreprises canadiennes


Édition du 25 Octobre 2023

Les prochains mois s’annoncent imprévisibles pour nos entreprises actives en Israël et au Moyen-Orient. (Photo: Getty Images)

 

ZOOM SUR LE MONDE
Guerre en Israël : les scénarios pour les entreprises canadiennes 
François Normand
L’attaque terroriste contre Israël le 7 octobre représente sans doute la pire crise politique vécue par l’État hébreu depuis sa création en 1948. La contrattaque israélienne dans la bande de Gaza — d’où sont partis les militants du Hamas — est en marche, tout comme le risque d’embrasement du Proche-Orient. Nos entreprises actives dans la région doivent se préparer à différents scénarios, alors que le Canada évacue une partie de ses ressortissants du pays.
Le samedi 7 octobre, des combattants du Hamas, un groupe que la plupart des pays occidentaux, dont le Canada, considèrent comme terroriste, ont lancé une attaque-surprise et meurtrière sur le sud-ouest d’Israël, qui a fait plus de 1000 morts. Le Hamas a aussi ramené de 100 à 150 otages à Gaza, un petit territoire où 2,4 millions de Palestiniens s’entassent depuis des années dans la misère en raison d’un embargo israélien. 
Les raisons qui ont motivé cette attaque sophistiquée (air, terre, mer) demeurent nébuleuses — elle est survenue pratiquement 50 ans jour pour jour après la guerre du Kippour, en octobre 1973, quand l’Égypte et la Syrie ont attaqué Israël.
Des analystes estiment que l’attaque du Hamas — une organisation qui souhaite détruire Israël pour y substituer un État palestinien islamique — visait à saboter le rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite, sous la houlette des États-Unis. Au fil des décennies, l’État hébreu a normalisé ses relations avec plusieurs pays arabes, dont l’Égypte et les Émirats arabes unis. 
Des observateurs y voient en revanche un acte de résistance à l’occupation israélienne en Palestine. Depuis la guerre des Six Jours en 1967, Israël occupe de manière illégale la Cisjordanie, selon l’ONU. Or, dans le cas de Gaza, l’État hébreu y a évacué ses colonies en 2005. Le Hamas a pris le pouvoir deux ans plus tard, en 2007, chassant l’Autorité palestinienne.
En revanche, la colonisation israélienne se poursuit en Cisjordanie. Le Fatah, un parti nationaliste non islamiste qui reconnaît l’existence d’Israël, dirige officiellement cette région par l’entremise de l’Autorité palestinienne. Toutefois, son pouvoir est de plus en plus contesté. 
Étant donné son ampleur, la guerre entre le Hamas et Israël doit nécessairement interpeler les entreprises canadiennes qui commercent avec Israël, un pays de 9,3 millions d’habitants avec lequel nous avons un accord de libre-échange.
Un partenaire clé au Proche-Orient
En 2022, les exportations canadiennes dans ce petit marché se sont élevées à 557 millions de dollars (M$), soit 8% de nos expéditions au Proche-Orient, selon Statistique Canada. Le Québec y exporte avant tout des véhicules de tourisme, des médicaments et des avions. Nous importons surtout des turboréacteurs, du magnésium ainsi que des articles de transport ou d’emballage.
En 2020, les investissements canadiens en Israël ont atteint 515 M$, tandis que ceux des Israéliens au Canada ont totalisé 617 M$. Selon Ottawa, la science, la technologie et l’innovation « constituent un élément essentiel » de cette relation commerciale.
C’est pourquoi la suite des choses est si importante pour le Canada, et plusieurs scénarios géopolitiques sont possibles.
1. Limitation du conflit à l’invasion de Gaza : à moins d’un revirement, l’armée israélienne envahira la bande de Gaza pour tenter d’éliminer le Hamas, ce qui causera de nombreux morts et blessés dans la population palestinienne. Dans ce scénario, le conflit resterait toutefois limité au sud-est d’Israël, peu peuplé.
2. Implication du Hezbollah au Liban : le Hezbollah, une milice libanaise, pourrait ouvrir un deuxième front au nord d’Israël. Depuis le 7 octobre, le Hezbollah a lancé des missiles sur le territoire israélien, mais son implication demeure limitée pour l’instant. Un second front dans le nord pourrait menacer la ville portuaire d’Haïfa, un important pôle économique et logistique. 
3. Affrontement en Syrie contre les milices pro-iraniennes : depuis le 7 octobre, Israël a aussi essuyé des tirs missiles dans le nord en provenance de la Syrie, où une guerre civile sévit depuis 2011. Depuis des années, l’armée israélienne y mène régulièrement des frappes contre des milices pro-iraniennes. Un troisième front pourrait menacer la petite ville de Nazareth.
Les prochains mois seront déterminants pour la stabilité d’Israël et du Proche-Orient. L’État israélien est confronté au risque de devoir mener une guerre simultanée sur trois fronts. De plus, d’autres acteurs pourraient intervenir pour tenter d’influencer le cours des événements, à commencer par l’Iran et les États-Unis.
Même si Téhéran nie être impliqué directement dans l’attaque du 7 octobre, deux quotidiens américains, le « Wall Street Journal » et le « Washington Post », affirment que le Hamas aurait reçu des armes et un appui logistique de l’Iran afin de planifier cet assaut depuis au moins un an.
L’Iran, très influent au Liban et en Syrie, voudra-t-il faire une guerre interposée à Israël pour éviter son rapprochement avec l’Arabie saoudite, son ennemi héréditaire ? Chose certaine, un conflit régional qui risquerait d’affaiblir ou de provoquer une déroute de l’armée israélienne entraînerait probablement une intervention armée des États-Unis. 
Washington fournit déjà des armes à Israël, en plus d’avoir déployé, depuis le 7 octobre, des navires de guerre, notamment un porte-avions, dans l’est de la Méditerranée, afin de dissuader « toute partie hostile à Israël d’exploiter ces attaques pour chercher un avantage », a déclaré le président américain Joe Biden.
Les prochains mois s’annoncent donc imprévisibles pour nos entreprises actives en Israël et au Proche-Orient.
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ANALYSE. L’attaque terroriste contre Israël le 7 octobre représente sans doute la pire crise politique vécue par l’État hébreu depuis sa création en 1948. La contrattaque israélienne dans la bande de Gaza — d’où sont partis les militants du Hamas — est en marche, tout comme le risque d’embrasement du Moyen-Orient. Nos entreprises actives dans la région doivent se préparer à différents scénarios, alors que le Canada évacue une partie de ses ressortissants du pays.

Le samedi 7 octobre, des combattants du Hamas, un groupe que la plupart des pays occidentaux, dont le Canada, considèrent comme terroriste, ont lancé une attaque-surprise et meurtrière sur le sud-ouest d’Israël, qui a fait plus de 1000 morts. Le Hamas a aussi ramené de 100 à 150 otages à Gaza, un petit territoire où 2,4 millions de Palestiniens s’entassent depuis des années dans la misère en raison d’un embargo israélien. 

Les raisons qui ont motivé cette attaque sophistiquée (air, terre, mer) demeurent nébuleuses — elle est survenue pratiquement 50 ans jour pour jour après la guerre du Kippour, en octobre 1973, quand l’Égypte et la Syrie ont attaqué Israël.

Des analystes estiment que l’attaque du Hamas — une organisation qui souhaite détruire Israël pour y substituer un État palestinien islamique — visait à saboter le rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite, sous la houlette des États-Unis. Au fil des décennies, l’État hébreu a normalisé ses relations avec plusieurs pays arabes, dont l’Égypte et les Émirats arabes unis. 

Des observateurs y voient en revanche un acte de résistance à l’occupation israélienne en Palestine. Depuis la guerre des Six Jours en 1967, Israël occupe de manière illégale la Cisjordanie, selon l’ONU. Or, dans le cas de Gaza, l’État hébreu y a évacué ses colonies en 2005. Le Hamas a pris le pouvoir deux ans plus tard, en 2007, chassant l’Autorité palestinienne.

En revanche, la colonisation israélienne se poursuit en Cisjordanie. Le Fatah, un parti nationaliste non islamiste qui reconnaît l’existence d’Israël, dirige officiellement cette région par l’entremise de l’Autorité palestinienne. Toutefois, son pouvoir est de plus en plus contesté. 

Étant donné son ampleur, la guerre entre le Hamas et Israël doit nécessairement interpeler les entreprises canadiennes qui commercent avec Israël, un pays de 9,3 millions d’habitants avec lequel nous avons un accord de libre-échange.

 

Un partenaire clé au Moyen-Orient

En 2022, les exportations canadiennes dans ce petit marché se sont élevées à 557 millions de dollars (M$), soit 8% de nos expéditions au Moyen-Orient, selon Statistique Canada. Le Québec y exporte avant tout des véhicules de tourisme, des médicaments et des avions. Nous importons surtout des turboréacteurs, du magnésium ainsi que des articles de transport ou d’emballage.

En 2020, les investissements canadiens en Israël ont atteint 515 M$, tandis que ceux des Israéliens au Canada ont totalisé 617 M$. Selon Ottawa, la science, la technologie et l’innovation « constituent un élément essentiel » de cette relation commerciale.

C’est pourquoi la suite des choses est si importante pour le Canada, et plusieurs scénarios géopolitiques sont possibles.

1. Limitation du conflit à l’invasion de Gaza: à moins d’un revirement, l’armée israélienne envahira la bande de Gaza pour tenter d’éliminer le Hamas, ce qui causera de nombreux morts et blessés dans la population palestinienne. Dans ce scénario, le conflit resterait toutefois limité au sud-est d’Israël, peu peuplé.

2. Implication du Hezbollah au Liban: le Hezbollah, une milice libanaise, pourrait ouvrir un deuxième front au nord d’Israël. Depuis le 7 octobre, le Hezbollah a lancé des missiles sur le territoire israélien, mais son implication demeure limitée pour l’instant. Un second front dans le nord pourrait menacer la ville portuaire d’Haïfa, un important pôle économique et logistique. 

3. Affrontement en Syrie contre les milices pro-iraniennes: depuis le 7 octobre, Israël a aussi essuyé des tirs missiles dans le nord en provenance de la Syrie, où une guerre civile sévit depuis 2011. Depuis des années, l’armée israélienne y mène régulièrement des frappes contre des milices pro-iraniennes. Un troisième front pourrait menacer la petite ville de Nazareth.

Les prochains mois seront déterminants pour la stabilité d’Israël et du Moyen-Orient. L’État israélien est confronté au risque de devoir mener une guerre simultanée sur trois fronts. De plus, d’autres acteurs pourraient intervenir pour tenter d’influencer le cours des événements, à commencer par l’Iran et les États-Unis.

Même si Téhéran nie être impliqué directement dans l’attaque du 7 octobre, deux quotidiens américains, le « Wall Street Journal » et le « Washington Post », affirment que le Hamas aurait reçu des armes et un appui logistique de l’Iran afin de planifier cet assaut depuis au moins un an.

L’Iran, très influent au Liban et en Syrie, voudra-t-il faire une guerre interposée à Israël pour éviter son rapprochement avec l’Arabie saoudite, son ennemi héréditaire ? Chose certaine, un conflit régional qui risquerait d’affaiblir ou de provoquer une déroute de l’armée israélienne entraînerait probablement une intervention armée des États-Unis. 

Washington fournit déjà des armes à Israël, en plus d’avoir déployé, depuis le 7 octobre, des navires de guerre, notamment un porte-avions, dans l’est de la Méditerranée, afin de dissuader « toute partie hostile à Israël d’exploiter ces attaques pour chercher un avantage », a déclaré le président américain Joe Biden.

Les prochains mois s’annoncent donc imprévisibles pour nos entreprises actives en Israël et au Moyen-Orient.

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Il détient aussi un MBA de l'Université de Sherbrooke. François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand