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Cinq relances québécoises sous la loupe

Dominique Beauchamp|Édition de la mi‑mars 2019

Ces cinq sociétés québécoises sont toutes tombées de leur piédestal à la Bourse l'an dernier. Sont-elles en ...

Ces cinq sociétés québécoises sont toutes tombées de leur piédestal à la Bourse l’an dernier. Sont-elles en bonne posture pour réclamer à nouveau leur trône ? Les Affaires fait le point sur leur plan de relance.

Quincaillerie Richelieu
doit mériter de nouveau sa riche évaluation

Personne ne remet en question la qualité du distributeur de quincaillerie pour cuisines et salles de bain, mais il lui faudra améliorer sa performance pour mériter sa riche évaluation.

Quincaillerie Richelieu est en quelque sorte victime de son succès. Quand on s’échange à plus de 25,9 fois les bénéfices comme c’était le cas en septembre 2018, on perd le droit à l’erreur, d’autant plus que le grossiste a raté la cible des prévisions lors de trois des six derniers trimestres.

«Il est vrai que son évaluation exigeait la perfection, mais j’ai toujours autant confiance dans les dirigeants, le mode de fonctionnement et la stratégie de consolidation», indique Alain Robitaille, vice-président et gestionnaire de portefeuille pour Desjardins Gestion de patrimoine. Le conseiller en placement d’Abitibi-Témiscamingue a d’ailleurs profité de la faiblesse du titre ces derniers mois pour acquérir d’autres actions.

Si le bilan sans dette, la répartition exemplaire du capital et le potentiel d’acquisitions plaisent toujours autant, la croissance plus modeste des ventes et le recul des marges lui ont fait perdre un peu de son lustre. «La croissance et les marges sont plus sporadiques qu’avant à cause des acquisitions et de l’offre élargie de produits, mais je suis prêt à payer un peu plus cher pour une entreprise de cette qualité, axée sur la création de valeur à long terme», renchérit M. Robitaille.

Le seul bémol concerne le ralentissement économique américain et canadien, qui aurait bien sûr un effet sur les dépenses de rénovation dont dépend Quincaillerie Richelieu, reconnaît M. Robitaille.

Seul analyste à suivre le titre, Zachary Evershed, de Financière Banque Nationale, a d’ailleurs abaissé ses attentes pour la croissance interne et les marges, après la diffusion des résultats du quatrième trimestre.

Après tout, la croissance interne des ventes est passée de 11,8 % au premier trimestre de 2016 à 0,1 % au quatrième trimestre de 2018 au Canada. Aux États-Unis, la progression est passée de 10,3 % à un déclin de 0,9 %, pendant la même période.

La confiance de M. Evershed ne vacille pas. Il s’attend à ce que l’automatisation des entrepôts, les autres investissements en technologie et la hausse des prix de vente ravivent bientôt la performance de la société.

Surtout que l’effet comparatif de la perte d’un client manufacturier aux États-Unis, en 2018, s’estompera.

Néanmoins, M. Evershed a réduit, en janvier, son cours cible de 35 $ à 25 $ lorsqu’il a repris le flambeau d’un autre analyste. Il a aussi abaissé le multiple d’évaluation de 25 à 22 fois les bénéfices prévus en 2020.

RCH, 22,80 $
Recul du sommet des 52 dernières semaines : -27,8 %
Regain en 2019 : +0,5 %
Ratio cours/bénéfices prévus : 17,8 fois
Cours cible (un seul analyste) : 29 $
Gain potentiel : +27,6 %

Industries Lassonde
affronte une conjoncture plus difficile aux États-Unis

Maintenant que l’évaluation du producteur des jus Oasis s’est dégonflée, son titre est plus attrayant qu’avant.

Par contre, ses perspectives restent incertaines après un rare avertissement de résultats nettement moindres que prévu pour l’exercice 2018.

Le récent recul de 11 % du titre a ramené son multiple de 21 à 17 fois les bénéfices prévus, qui ont, pour leur part, baissé de 21 % pour 2019.

Il est trop tôt pour savoir à quel point les nombreux vents contraires qui soufflent en même temps seront temporaires ou non.

Il n’est pas clair non plus combien de temps il faudra à l’entreprise de Rougemont pour ajuster sa structure de coûts à la hausse des prix du plastique et des concentrés de jus, des frais de transport, ainsi qu’aux coûts de la main-d’oeuvre.

Frédéric Tremblay, de Desjardins Marché des capitaux, craint justement que certains coûts élevés persistent, en même temps que la concurrence accrue de Refresco empêche l’augmentation des prix aux États-Unis. Il a ainsi réduit son cours cible de 250 $ à 195 $ à la fin de janvier.

En attendant les résultats annuels officiels le 29 mars, M. Tremblay suggère de conserver le titre.

Lassonde, pour sa part, redouble d’efforts pour décrocher des contrats plus rentables aux États-Unis parce que les marges des jus de marque maison s’évaporent bien vite lorsque les coûts augmentent soudainement. Cette transition prendra du temps.

«Pour les actionnaires à long terme, le recul du titre est une occasion. Dans le passé, une évaluation de moins de 10 fois le bénéfice d’exploitation s’est révélée un bon point d’entrée», indique René Fournier, président et chef des investissements chez Société financière Walter.

Au cours actuel, l’action incorpore déjà le risque que le déséquilibre entre les coûts et le prix de revient dure plus d’un trimestre, renchérit l’actionnaire de longue date.

Le gestionnaire des fonds de la famille Somers surveillera tout de même l’évolution des flux de trésorerie pour s’assurer que Lassonde continue de rembourser ses dettes.

M. Fournier est prêt à patienter parce que l’entreprise est un excellent exploitant qui finance ses acquisitions à même ses fonds internes.

Alain Robitaille, vice-président et gestionnaire de portefeuille pour Desjardins Gestion du patrimoine, croit, lui aussi, qu’une part des pressions sont de nature cyclique et se résorberont. «Lassonde pourra ajuster ses coûts et ses prix dans le temps», prévoit-il.

Les prochains trimestres feront la démonstration de la capacité de gestion des dirigeants dans une conjoncture plus corsée qu’avant, prédit le conseiller en placement.

M. Robitaille conserve les actions de Lassonde en portefeuille et serait disposé à augmenter la mise dès que les perspectives américaines seront plus claires.

LAS.A, 173,75 $
Recul du sommet des 52 dernières semaines : -41,6 %
Recul en 2019 : -12,8 %
Ratio cours/bénéfices prévus : 16,4 fois
Cours cible (un seul analyste) : 195 $
Gain potentiel : +12,0 %

Uni-Sélect
use la patience de ses actionnaires dépités

Les analystes perdent patience de voir le distributeur de pièces de rechange et de peinture automobile se mettre en valeur, après des années de restructuration et de changements à la haute direction. Bay Street fondait ses espoirs sur la vente de la filiale de peinture FinishMaster après l’embauche de J.P. Morgan Securities en septembre pour aider le CA dans son examen stratégique.

Certains analystes estimaient la valeur de FinishMaster à un plus de 1 G$, ce qui est nettement plus que la valeur boursière totale de 529 M$ d’Uni-Sélect, qui chapeaute aussi un distributeur au Canada et un autre en Grande-Bretagne.

Or, non seulement les résultats trimestriels d’Uni-Sélect ont-ils raté la cible le 20 février, mais la société n’a fourni aucune information au sujet de l’examen stratégique amorcé en septembre.

Pour couronner le tout, la société a abaissé ses prévisions pour 2019, a annoncé de nouvelles suppressions de coûts de 14 M$ et a entamé le processus de recrutement d’un nouveau président.

Zachary Evershed, de Financière Banque Nationale, ne croit plus à une mise aux enchères de la société, mais estime que la vente de FinishMaster est encore possible. Il a donc abaissé son cours cible fondamental de 24 $ à 17 $.

Entre-temps, les marges de cette filiale fondent, ce qui diminue sa valeur aux yeux d’acquéreurs potentiels. Le distributeur américain est coincé entre les concessions de prix demandées par les regroupements de carrossiers et les hausses de prix imposées par les fournisseurs de peinture, au moment où le volume de vente faiblit.

Dans son modèle pour Uni-Sélect, M. Evershed attribue une valeur de 13,34 $ par action à FinishMaster, soit un multiple de huit fois les bénéfices projetés en 2020.

Dans une vente, sa valeur pourrait grimper à 23 $, soit un multiple transactionnel de 12 fois.

Jonathan Lamers, de BMO Marchés des capitaux, rappelle qu’Uni-Sélect a encore une dette élevée qui équivaut à 3,5 fois son bénéfice d’exploitation. Son nouveau cours cible de 16 $ tient compte de la vente de FinishMaster.

Les investisseurs devront attendre l’assemblée annuelle du 2 mai avant d’en savoir plus.

UNS, 13,45 $
Recul du sommet des 52 dernières semaines : -47,0 %
Recul en 2019 : -30,7 %
Ratio cours/bénéfices prévus : 11,5 fois
Cours cible moyen : 16,17 $
Gain potentiel : +21,6 %

La relance d’Intertape Polymer
progresse bien, sauf en Bourse

Le deuxième fabricant de ruban adhésif en Amérique du Nord approche du moment où il devrait récolter les fruits du plan de relance majeur mis en oeuvre en 2016 qui vise à doubler son bénéfice d’exploitation d’ici 2022.

L’entreprise de la famille Yull multiplie les acquisitions et les investissements depuis quatre ans pour diversifier ses revenus, ses clients et ses marchés, ainsi que pour atténuer les hauts et les bas de son industrie. La facture : 526 M$.

La société, qui partage son siège social entre Ville Saint-Laurent et la Floride, a notamment acquis quatre fabricants et a investi 460 millions de dollars américains dans ses usines, rappelle Michael Doumet, de Banque Scotia.

Le rapatriement à l’interne de la fabrication de rubans tissés dans une nouvelle usine en Inde, par exemple, vise aussi à améliorer sa productivité et à récupérer les marges des tâches auparavant confiées à des tiers.

Maintenant que la plupart des projets d’Intertape tirent à leur fin, l’analyste s’attend à ce qu’elle consacre une part de ses flux de trésorerie annuels libres de 40 M$ US au remboursement de sa dette.

Son cours cible de 25 $ repose sur une hausse de 20 % du bénéfice d’exploitation à 168 M$ US, en 2019.

Intertape compte bien tirer sa juste part du commerce en ligne grâce à son ruban activé à l’eau qui scelle les colis d’Amazon entre autres. Le fabricant a ajouté d’autres produits de protection, telle que les pellicules à bulle, afin de devenir un guichet unique dans ce marché en croissance.

Zachary Evershed, de Financière Banque Nationale, espère voir la croissance s’accélérer et les marges s’améliorer plus rondement à partir de 2020. Le fabricant se rapprochera ainsi encore un peu plus de ses objectifs de 2022 : des revenus de 1,5 milliard de dollars américains, un bénéfice d’exploitation d’au moins 225 M$ US et le retour à une marge de 15 %. Le repositionnement majeur d’Intertape avance comme prévu, mais en Bourse, le titre a baissé de 11,5 % depuis un an.

Stéphane Préfontaine, président de Préfontaine Capital, attribue ce décalage au fait que les bénéfices des investissements massifs de 2017 à 2018 ne sont pas encore apparents. Pour l’instant, surtout la dette élevée est visible.

«On devrait voir un revirement de situation avec des dépenses en capital en baisse, des flux monétaires en hausse et une réduction de la dette d’ici 12 mois», prévoit-il.

La stratégie d’expansion et de positionnement lui semble bonne, car les marchés visés sont prometteurs, ajoute le financier de Montréal.

ITP, 18,90 $
Recul du sommet des 52 dernières semaines : -14,2 %
Regain en 2019 : +11,7 %
Multiple cours-bénéfices prévus : 12,5 fois
Cours cible moyen : 22,75 $
Gain potentiel : +19,6 %

Dollarama
n’est plus invincible, mais peut encore donner des rendements

En attendant le dévoilement de l’aperçu pour 2020, le 28 mars prochain, Dollarama reprend du mieux en Bourse, après une douloureuse raclée de 31 % en 2018.

L’évaluation du titre est revenue sur terre, tout comme les attentes trop élevées, mais certains investisseurs semblent encore ébranlés par les rares déconfitures du détaillant.

Les analystes s’entendent sur une chose : Dollarama ne retrouvera jamais plus le multiple extrême de 33,3 fois les bénéfices atteint en janvier 2018. Puisque le commerçant peut moins compter sur la hausse de ses prix pour stimuler ses ventes et ainsi freiner l’effet de cannibalisation de ses nouveaux magasins, son levier de rentabilité s’affaiblira, croit Jim Durran, de Barclays.

Le marchand ne mérite plus la «plus-value de croissance» dont il bénéficiait, selon lui. Son nouveau cours cible de 38 $ représente un multiple de 19 fois le bénéfice prévu.

M. Durran craint aussi que les orientations pour 2020 fragilisent à nouveau le rétablissement de la confiance envers la société.

Dans un scénario pessimiste où la vive concurrence obligeait Dollarama à ne pas relever ses prix en magasin en 2020, son action pourrait retomber aux alentours des 28 $-29 $, estime Chris Li, de Macquarie Research.

Les analystes ne sont pas tous aussi circonspects. Pour Patricia Baker, de Banque Scotia, la chute du titre reflète le simple dégonflement d’un détaillant soulevé par neuf ans de rendements sans égal dans son industrie.

L’analyste s’attend à ce qu’un peu plus d’inflation et le jeu des comparaisons redonnent meilleure allure aux ventes par magasins comparables dès 2020. «La décision stratégique de suspendre les hausses de prix révèle que la société juge plus important de protéger l’intégrité de son modèle d’affaires à long terme que de plaire à court terme», dit-elle. En parallèle, Dollarama continue d’améliorer son efficacité et d’ouvrir de nouveaux magasins, rappelle l’analyste.

Irene Nattel, de RBC Marchés des Capitaux, vient de réduire son cours-cible de 49 à 46 $, en raison de la moins bonne conjonture du commerce de détail. Le détaillant fait notamment de plus en plus appel à des outils analytiques pour raffiner sa mise en marché et ses prix.

La croissance et les rendements financiers du détaillant restent en tête de son industrie, indique l’analyste. Le rendement sur le capital investi de 35 % et la conversion de 60 % du bénéfice d’exploitation en flux de trésorerie libres sont aussi les plus élevés du secteur. Elle recommande l’achat du titre qui offre un bon rapport risque-rendement. Elle mise sur une croissance annuelle composée de 14,3 du bénéfice en 2020.

Mme Nattel signale aussi que le marchand a doublé à 30 millions le nombre de ses actions, soit 10 %, qu’il peut racheter d’ici juin. Dollarama devrait aussi exercer en février 2020 l’option qui lui permet d’acheter la moitié du détaillant de Salvador Dollar City.

DOL, 34,79 $
Recul du sommet des 52 dernières semaines : -36,7 %
Regain en 2019 : +7,1 %
Ratio cours/bénéfices prévus : 18,0 fois
Cours cible moyen : 41,21 $
Gain potentiel : +18,1 %


Source des données : Reuters