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Gagner en Bourse en payant plus cher

Richard Langevin|Édition de la mi‑mai 2022

Gagner en Bourse en payant plus cher

(Photo: 123RF)

GESTION DE PORTEFEUILLE 4.0. Au moment où le style valeur semble revenir en force, le style croissance connaît actuellement une période difficile causée notamment par les hausses de taux d’intérêt. À l’extrême, les sociétés les plus surévaluées, et souvent parmi les favorites des investisseurs depuis mars 2020, ont pratiquement perdu tous leurs gains, voire davantage.

Il n’en demeure pas moins que certaines entreprises parmi les plus profitables des dernières décennies, pensons à Nvidia (NVDA, 173,80 $US), Tesla (TSLA, 716,72 $US) ou Amazon (AMZN, 2 170,77 $US), n’ont jamais été réellement abordables et sont toujours restées en dehors du radar des investisseurs de style valeur. La question est donc pertinente:est-ce possible de concevoir une stratégie gagnante en Bourse, en acceptant de payer plus cher pour des titres? Partha Mohanram, professeur titulaire de la Chaire John H. Watson des placements axés sur la valeur à l’École de gestion Rotman de l’Université de Toronto, a tenté d’y répondre.

La recherche universitaire indique que les placements axés sur la valeur fonctionnent au fil du temps, mais Partha Mohanram a constaté l’inverse à l’égard des placements axés sur la croissance. Par contre, son article de recherche intitulé Separating Winners from Losers among Low Book-to-Market Stocks using Financial Statement Analysis (Séparer les gagnants des perdants parmi les actions à faible ratio valeur comptable/valeur du marché en utilisant l’analyse des états financiers) passe en revue les huit critères utilisés pour distinguer les titres de croissance qui poursuivent leur trajectoire ascendante de ceux qui stagnent.

– Ratio valeur comptable/valeur du marché: le premier critère de cette démarche exige qu’un titre se situe dans les 20 % les plus faibles du marché en fonction du ratio valeur comptable/valeur du marché, et filtre donc les entreprises les plus chères.

– Rendement de l’actif: ce critère requiert que le rendement de l’actif du plus récent exercice soit supérieur à la moyenne du secteur.

– Flux de trésorerie d’exploitation par rapport à l’actif: la prochaine exigence veut que les flux de trésorerie liés à l’exploitation par rapport à l’actif du plus récent exercice financier surpassent la moyenne du secteur.

– Flux de trésorerie d’exploitation par rapport à l’actif rendement de l’actif: cette méthodologie exige également que les flux de trésorerie d’exploitation par rapport à l’actif pour l’exercice le plus récent soient supérieurs au rendement de l’actif.

– Écart du rendement de l’actif: les entreprises qui affichent une croissance constante sont plus susceptibles de soutenir cette croissance à l’avenir. Pour analyser cela, cette méthodologie recherche des titres dont l’écart du rendement de l’actif est inférieur à la moyenne du secteur.

– Écart des ventes: en plus de la cohérence du rendement de l’actif, cette méthodologie recherche également la cohérence des ventes comme deuxième indicateur d’une croissance constante.

– Publicité par rapport à l’actif: cette méthodologie recherche les entreprises qui sont prêtes à investir dans l’avenir au détriment des bénéfices actuels. Un écart supérieur à la moyenne du secteur des dépenses publicitaires par rapport à l’actif représente le premier indicateur de ce critère.

– Dépenses en immobilisations par rapport à l’actif: l’accent placé sur les dépenses en immobilisations constitue le deuxième indicateur d’une entreprise qui investit pour son avenir. Les entreprises qui investissent dans des dépenses en capital démontrent également une volonté de renoncer aux bénéfices courants en échange d’une croissance future. Pour mesurer cela, cette méthodologie recherche des dépenses en capital par rapport à l’actif supérieures à la moyenne du secteur.

– Recherche et développement par rapport à l’actif: l’engagement d’une entreprise envers la recherche et le développement représente le dernier indicateur d’une société qui investit pour son avenir. Par conséquent, elle vise également que les dépenses en recherche et développement par rapport à l’actif soient supérieures à la moyenne du secteur.

Il s’agit donc de relever, parmi les entreprises les plus chères, celles qui répondent le plus aux critères énumérés précédemment.

 

Croissance possible

En sélectionnant 10 titres qui répondent à ces huit critères et en les réévaluant sur une base mensuelle, la stratégie a produit un rendement annualisé moyen de 14,2 % depuis 2006, loin devant les 7,4 % de l’indice S&P 500, soit une valeur ajoutée de 6,8% en moyenne par année.

Sur une base cumulative, le portefeuille a affiché une croissance de 754,3,8 %, soit 537,9 % de mieux que l’indice de référence, avec une volatilité de portefeuille identique.

Parmi les titres pertinents, on retrouve des titres technologiques, dont Semtech (SMTC, 58,23 $US) et Box (BOX, 28,06$US), mais, de façon plus surprenante, des titres issus de secteurs plus conventionnels, dont Valvoline (VVV, 28,67$US), WD 40 Company (WDFC, 183,86 $US) et, Pepsico (PEP, 169,53$US).

 

Sommaire des avantages

  • Rendements historiques de près du double de l’indice S&P 500
  • Valeur ajoutée relativement stable d’année en année depuis 2006, même dans les périodes moins favorables au style croissance
  • Stratégie basée sur la recherche académique récente
  • Stratégie basée sur la recherche universitaire récente
  • Utilisation de critères purement quantitatifs sans intervention humaine ni émotion
  • Malgré l’évaluation aux 28 jours, la fréquence de rotation fut historiquement peu élevée

 

 

Sommaire des risques

  • Le style croissance est actuellement en défaveur:le portefeuille est en recul de 25 % depuis le début de l’année, contre 13 % pour l’indice S&P 500 (au 6 mai 2022).
  • La stratégie peut mener à des écarts sectoriels notables.

 

 

EXPERT INVITÉ
Richard Langevin,
vice-président et gestionnaire de portefeuille, Nymbus Capital