Logo - Les Affaires
Logo - Les Affaires

WSP Global: des dirigeants disciplinés, mais plus de concurrence

Jean Gagnon|Édition de la mi‑octobre 2022

WSP Global: des dirigeants disciplinés, mais plus de concurrence

(Photo: 123RF)

La BOUSSOLE BOURSIÈRE est une rubrique qui traite d’un événement marquant et de son effet sur le marché boursier en s’appuyant sur l’analyse d’experts. Cette analyse pourra être autant fondamentale que technique.


(Illustration: Camille Charbonneau)


Nul doute que tout le secteur des infrastructures a eu le vent dans les voiles depuis quelques années, et les entreprises de génie-conseil, dont WSP Global (WSP, 149,26 $), en ont bien profité.

En effet, l’entreprise québécoise de services professionnels, précédemment connue sous le nom de Genivar, qui fournit des services de gestion et de conseil dans le domaine de l’environ-nement bâti et naturel, a vu le cours de son action passer de 55 $en janvier 2019 à 185 $trois ans plus tard. Depuis le début de l’année, le titre, à l’instar de l’ensemble du marché boursier, s’est replié, pour atteindre 130 $au mois de mai, avant d’amorcer ensuite une nouvelle reprise intéressante.

La société, qui a réalisé plusieurs acquisitions lui permettant d’accélérer sa croissance au cours des dernières années, a fait les manchettes il y a quelques semaines lorsque ses dirigeants ont annoncé qu’ils n’augmenteraient pas le prix qu’ils offraient pour faire l’acquisition de l’entreprise britannique RPS Group, après que la société américaine Tetra Tech (TTEK, 123,25 $US), de Pasadena, en Californie, eut lancé les enchères avec une offre plus élevée, évaluée à environ 990 millions de dollars (M$).

 

La discipline

Selon Devin Dodge, analyste à BMO Marchés des capitaux, cela montre bien la discipline de la direction de conserver un bon équilibre entre son bilan financier et ses ambitions de croissance dans le cadre de son plan stratégique triennal 2022-2024.

L’analyste se réjouit de cette décision d’autant plus que le marché des fusions et acquisitions dans ce secteur demeure vigoureux et que les bonnes occasions d’utiliser le capital initialement prévu pour l’achat de RPS Group ne manqueront pas. Avant l’offre, WSP avait émis pour plus de 900 M $de nouvelles actions auprès du public et de ses principaux actionnaires, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec et l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada.

 

RPS ne valait pas plus

Maxim Sytchev, analyste à la Financière Banque Nationale, est sensiblement du même avis. Tenant compte de la qualité des actifs de RPS et de la détérioration du contexte macroéconomique, il croit que l’offre originale de WSP, d’environ 975 M $, était juste et représentait ce que la firme pouvait se permettre de payer afin de faire de cette acquisition une transaction rentable.

Même son de cloche de la part de Benoit Poirier, analyste chez Desjardins. Même si ce dernier pense que WSP aurait pu faire une dernière offre finale dans le but d’acquérir RPS, il croit que la décision de ne pas le faire était sage, étant donné qu’elle n’allait pas contribuer immédiatement à l’amélioration du bénéfice par action de la société. Il est intéressant de noter que chacun des trois analystes a réitéré sa recommandation, soit d’achat ou de «surperformance», pour le titre WSP Global.

Limiter les attentes

Si le secteur des infrastructures a eu le vent dans les voiles au cours des dernières années, c’est aussi dû au fait que les taux d’intérêt étaient très bas, rappelle Vincent Fournier, gestionnaire de porte-feuille à Claret, Gestion de placements. Si bien que selon lui, l’évaluation actuelle du titre de WSP apparaît déjà relativement élevée, compte tenu de l’environnement économique prévisible pour les quelques prochaines années.

Les perspectives financières du secteur des énergies renouvelables, entre autres, deviennent moins intéressantes, compte tenu de l’effet de levier dans un contexte de hausse de taux d’intérêt, explique Vincent Fournier. Les projets nécessitent souvent d’être financés en augmentant l’endettement, et quand les taux d’intérêt augmentent, le financement devient plus difficile à obtenir et est plus cher. «Il n’y a pas de problème pour les projets déjà en place, mais ce sera différent pour ceux qui seront lancés prochainement et qui assureront la croissance des entreprises», dit-il.

 

Techniquement parlant

La décision de la direction de WSP de ne pas faire une nouvelle offre afin d’acquérir RPS Group a causé une certaine volatilité sur le titre. Il se retrouve à nouveau sous ses moyennes mobiles de 40 jours (ligne noire) et de 200 jours (ligne grise). Il y aura donc du travail à faire pour que le titre retrouve une tendance à la hausse, en déduit Monica Rizk, analyste senior pour Publications Phases & Cycles.

«Pour y arriver, l’appétit des investisseurs devra ramener le cours de l’action au-dessus de 168 $, le niveau qu’il avait atteint en septembre, et s’y maintenir», dit-elle. Mme Rizk estime que le niveau de 145 $constitue un point de support qui ne doit pas être enfoncé, car si cela se produisait, le titre risquerait alors de poursuivre sa descente jusqu’à environ 115 $.