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Inflation: le pire ennemi de l’investisseur

Denis Lalonde|Édition de la mi‑septembre 2021

Inflation: le pire ennemi de l’investisseur

En juillet, l’inflation en rythme annualisé a progressé de 3,7 % au Canada, ce qui constitue un sommet depuis mars 2003. L’inflation, tout comme les taux d’imposition et les frais de gestion, vient gruger directement les rendements des divers produits financiers offerts et sa progression est une mauvaise nouvelle pour les investisseurs.

Il existe toutefois des manières de protéger un portefeuille d’investissement contre l’inflation, à condition que celle-ci reste sous contrôle.

« Les investisseurs doivent constamment se demander quel est le rendement de leurs avoirs après inflation et impôts, car il s’agit des deux plus grands ennemis des épargnants », affirme le président et gestionnaire de portefeuille de Giverny Capital, François Rochon.

Selon lui, la meilleure protection pour les épargnants est de sélectionner des titres d’entreprises qui offrent des produits et services dont elles peuvent hausser les prix au rythme de l’inflation.

À son avis, un bon exemple d’entreprise qui possède cet avantage concurrentiel est Disney (DIS, 183,88$ US) — Giverny Capital possède des actions de Disney et de Berkshire Hathaway — et son parc d’attractions Walt Disney World en Floride, même si l’endroit a été lourdement affecté par la pandémie de COVID-19.

Il parle aussi de l’entreprise de confiseries See’s Candies, propriété de Berkshire Hathaway (BRK.B, 285,72$ US). « L’entreprise arrive à augmenter ses prix graduellement. Quand le prix d’un paquet de bonbons passe de 2 $ à 2,10 $, c’est peu pour le consommateur, mais ça constitue tout de même une hausse de 5 % qui permet de dépasser l’inflation », explique-t-il.

Visa (V, 224,19$ US) et les autres émetteurs de cartes de crédit sont également de bons titres à détenir pour se protéger de l’inflation, car les entreprises génèrent des revenus en prélevant un petit pourcentage sur chaque transaction. « Si les prix augmentent, les revenus des émetteurs de cartes de crédit suivront », illustre-t-il.

François Rochon déconseille par ailleurs d’investir dans les obligations, dont les rendements avant impôts sont bien souvent inférieurs à l’inflation. « En possédant des obligations, les épargnants s’appauvrissent », dit-il.

Sans oublier que l’appréciation d’un portefeuille d’actions constitue un gain en capital alors que celle d’un portefeuille obligataire est considérée comme un revenu d’intérêts. Au Québec, cette année, les taux d’imposition sur les revenus d’intérêts oscillent entre 27,53 % et 53,31 %, comparativement à une fourchette de 13,76 % à 26,65 % pour les gains en capital. Une différence majeure.

« Une autre façon de protéger un portefeuille est de miser sur des actifs à classe réelle, comme l’immobilier, où les entreprises peuvent relever les prix des loyers des locataires en corrélation avec l’inflation », ajoute le vice-président et gestionnaire de portefeuille à la répartition globale de l’actif et aux stratégies alternatives à Fiera Capital, Nicolas Vaugeois.

Ce dernier recommande également de miser sur des titres d’entreprises qui sont des chefs de file dans leur industrie et qui ne sont pas trop endettées. Un faible niveau d’endettement permettra aux sociétés de s’adapter plus facilement aux éventuelles hausses de taux d’intérêt qui sont pour le moment planifiées pour la deuxième moitié de 2022 et en 2023.

 

Situation temporaire?

La grande question est toutefois de savoir si l’inflation supérieure à 3 % est là pour rester ou s’il est transitoire.

« Juillet était le quatrième mois avec une inflation supérieure à 3 %. Nous prévoyons qu’elle restera élevée pour encore au moins six mois et qu’elle atteindra 4 % en août ou en septembre », indique Carlos Capistran, économiste, Canada et Mexique, à Bank of America Securities.

Toutefois, l’inflation élevée est selon lui temporaire, en ce sens qu’elle devrait revenir à la cible de 2 % de la Banque du Canada d’ici la fin de 2022. « Les principales causes de cette poussée inflationniste sont les pénuries de produits et les problèmes tout au long des chaînes de fabrication à travers le monde depuis le début de la pandémie de COVID-19 », explique l’économiste, selon qui les problèmes ne seront pas réglés à court terme.

C’est pourquoi l’inflation restera élevée jusqu’au printemps 2022 avant que la situation ne revienne peu à peu à la normale.

« Une grande partie de la poussée inflationniste est aussi attribuable à la hausse des prix du carburant. C’est normal parce que les prix étaient très bas l’an dernier. Comme le pire de la remontée est chose du passé, les répercussions sur l’inflation diminueront avec le temps », dit-il.

Un point de vue qui diffère légèrement de celui de Nicolas Vaugeois, selon qui le problème de la pénurie de main-d’œuvre force nombre d’entreprises à relever les salaires, ce qui vient rogner leurs marges bénéficiaires. Pour pallier ce problème, il soutient que les entreprises n’auront pas d’autre choix que de refiler ces hausses à leurs clients. Le gestionnaire de Fiera Capital croit que cette composante inflationniste restera vigoureuse pour encore au moins 12 à 18 mois. Il ne serait donc pas surpris de voir une inflation supérieure à 2,5 % en rythme annualisé d’ici là.