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Loblaw, la pression monte d’un autre cran

Dominique Beauchamp|Édition de la mi‑novembre 2019

ANALYSE. Le titre du principal épicier et pharmacien du pays s'est apprécié de 20 % depuis un an en Bourse. Au moins...

ANALYSE. Le titre du principal épicier et pharmacien du pays s’est apprécié de 20 % depuis un an en Bourse. Au moins quatre analystes ont relevé leur cours cible après le dévoilement des résultats du troisième trimestre et du maintien des orientations annuelles. Toutefois, derrière cet optimisme apparent se cache une certaine impatience de voir Loblaw (L, 69,34 $) regagner des parts du marché de l’épicerie, après quatre trimestres de recul.

Keith Howlett, de Desjardins Marché des capitaux, y fait allusion dans une note sur les résultats de sa rivale Walmart Canada, qui vient de dévoiler une hausse de 1,9 % des ventes par magasins comparables, attribuée principalement aux achats en épicerie au troisième trimestre. «La pression monte sur les dirigeants de Loblaw pour que les ventes comparables redécollent au cours des deux à trois prochains trimestres», écrit l’analyste.

Surtout que la nouvelle équipe de direction de Walmart Canada redouble d’efforts pour raviver les ventes de marchandises générales et de vêtements, qui ne sont pas à la hauteur de ses attentes. «Si Walmart réussissait à revigorer les ventes de marchandises, elle pourrait alors réinvestir les recettes accrues dans de nouvelles réductions de prix des aliments, ce qui stimulerait les ventes de toutes ces catégories pour créer un cercle vertueux», écrit M. Howlett.

L’analyste laisse entendre ainsi que les enseignes à bas prix de Loblaw, soit Maxi, Real Canadian Superstore et No Frills, pourraient affronter un concurrent encore plus coriace au cours des prochains trimestres.

Tout épicier doit soutenir ses parts de marché et, par ricochet, ses revenus, parce qu’il y a une limite à réduire les dépenses d’exploitation pour produire des bénéfices croissants, explique l’analyste. Trouver le juste équilibre entre les ventes et les marges est le principal défi de tous les épiciers qui doivent soupeser les pressions à court terme et les objectifs à plus long terme.

Recul depuis quatre trimestres

Vishal Shreedhar, de Financière Banque Nationale, juge carrément «décevante» la hausse de 1 % des ventes comparables des épiceries de Loblaw au troisième trimestre.

Ces ventes ont raté les prévisions de l’analyste de 2 % et elles sont à peine plus élevées qu’il y a un an, dit-il. De surcroît, sans l’inflation des aliments, cette hausse se traduit par un recul d’environ 1,3 %. Cette mesure de volume des ventes (ou tonnage, dans le jardon des épiciers) est un repère des parts de marché. «Loblaw doit mieux exploiter l’analyse de données afin d’améliorer l’efficacité des promotions en ligne en magasins et dans les circulaires», dit Patricia Baker, de Banque Scotia.

L’entreprise de la famille Weston prend les bonnes mesures, mais il lui faudra sans doute plusieurs trimestres avant de ramener en magasin les clients perdus aux rivaux plus énergiques, ajoute l’analyste. En conséquence, Mme Baker ne touche pas à son cours cible de 78 $. Elle prédit au titre une performance égale à son secteur, ce qui est l’équivalent d’une recommandation de «conserver».

Au prochain trimestre, Loblaw bénéficiera des fêtes de l’Action de grâce, mais M. Howlett espère qu’ensuite, les offres personnalisées et la gestion plus raffinée des catégories de marchandises et les promotions plus efficaces stimuleront progressivement les ventes comparables. M. Howlett recommande l’achat du titre et maintient aussi son cours cible de 78 $.

Trop sévères ?

Irene Nattel, de RBC Marchés des Capitaux, considère que les investisseurs sont trop sévères envers Loblaw et devraient prendre du recul sur les événements à court terme.

Loblaw et Shoppers Drug Mart ont une force de frappe inégalée au pays, force qu’elles commencent à peine à exploiter. Avec ses 18 millions de membres, le populaire programme de fidélisation commun PC Optimum, par exemple, procure une capacité d’analyse sans égal des comportements d’achat des consommateurs, ce qui permet de personnaliser les promotions et les récompenses et d’augmenter leur efficacité.

L’analyste rappelle que Loblaw dégage des flux de trésorerie disponibles de plus de 1 milliard de dollars par année, qu’elle alloue en partie au rachat de ses actions. À ses yeux, Loblaw ne mérite pas une évaluation inférieure à celle de l’épicier régional Metro (MRU, 55,55 $) étant donné des rendements financiers similaires.En revanche, Mme Nattel reconnaît que les investisseurs ont besoin de revoir un rétablissement des ventes comparables en épicerie avant de réévaluer le titre à la hausse.

L’environnement concurrentiel plus intense et l’inflation plus modérée des aliments imposeront tout simplement un rythme plus graduel à l’amélioration attendue.

Confiante de la destination, Mme Nattel hausse son cours cible de 82 $ à 85 $ en fonction du bénéfice de 1,90 $ par action qu’elle projette à la mi-2021. Ce cours cible équivaut à 9 fois le bénéfice d’exploitation, un multiple inférieur au sommet de plus de 10 fois observé entre 2015-2016. Au cours actuel, le titre lui semble un bon pari sur la possibilité que Loblaw confonde les sceptiques. L’action bénéficierait alors doublement de meilleurs bénéfices et d’une évaluation plus élevée.

Entre ces deux pôles, Michael Van Aelst, de TD Valeurs mobilières, hausse son cours cible de 80 $ à 82 $. Deux ou trois trimestres de concurrence plus vive ne remettent pas en doute la croissance des bénéfices de 8 % à 10 % par année que vise Loblaw à long terme.

Le détaillant a appris des erreurs à la suite de ratés dans l’utilisation des algorithmes pour rentabiliser les offres promotionnelles, dit-il. Les promotions étaient trop nombreuses ou trop rares, selon les trimestres, et ne s’adaptaient pas à l’effet des fluctuations de l’inflation alimentaire sur les achats.

En même temps, Loblaw a 400 projets en chantier qui visent à économiser de 150 à 200 millions de dollars par année. Ces économies seront réinvesties dans une panoplie de stratégies numériques, d’outils de paiement et de récompenses qui amélioreront son profil concurrentiel à long terme, ajoute M. Van Aelst.

L’analyste croit aussi que Loblaw rattrapera l’évaluation de ses rivales en Bourse, étant donné le rendement élevé que lui procurent ses flux de trésorerie disponibles.

***

Tableau
Loblaw est moins chère que ­Metro et ­Empire/Sobeys/IGA…
Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois
Loblaw 15,5 fois
Metro 17,7 fois
Empire ­Co. 16,1 fois
Source : ­TD ­Valeurs mobilières
…malgré le rendement plus élevé de ses flux de trésorerie disponibles
Loblaw 4,0 %
Empire ­Co. 3,8 %
Metro 2,9 %
Source : ­Reuters

Loblaw est moins chère que ­Metro et ­Empire/Sobeys/IGA…
(Multiple des bénéfices prévus dans 12 mois)

Loblaw 15,5 fois

Metro 17,7 fois

Empire ­Co. 16,1 fois

Source : ­TD ­Valeurs mobilières

…malgré le rendement plus élevé de ses flux de trésorerie disponibles

Loblaw 4,0 %

Empire ­Co. 3,8 %

Metro 2,9 %

Source : ­Reuters