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«New Look et GDI rencontrent toujours nos critères de qualité»

Dominique Beauchamp|Édition de la mi‑octobre 2019

MARCHÉS EN ACTION. Le gestionnaire du Fonds nouveau Canada Mawer confie comment il juge la qualité d'un titre.

MARCHÉS EN ACTION.

DOMINIQUE BEAUCHAMP – Votre démarche met l’accent sur les créateurs de richesse. Comment cela vous sert-il dans les turbulences actuelles ?

JEFF MO – Effectivement, les négociations commerciales, le ralentissement mondial, la rechute des taux et les résultats financiers inégaux donnent l’impression qu’il faut réagir. Notre démarche consiste à acheter des entreprises de qualité et à s’assurer qu’elles le restent. Cette discipline réduit la tentation d’écouter les multiples distractions quotidiennes du marché. D’ailleurs, les changements au portefeuille ne sont pas plus fréquents cette année que d’autres.

D.B. – Comment déclinez-vous la notion de qualité ?

J.M. – Le principal facteur est l’avantage concurrentiel durable. Le calibre de l’équipe de direction en fait partie puisque les hauts dirigeants prennent les décisions qui font la différence, notamment au chapitre de la répartition de capital. Les entrepreneurs sont des optimistes de nature. Nous préférons donc les sociétés qui comprennent qu’un bilan sain constitue aussi un avantage compétitif puisqu’il peut servir de coussin en période creuse et de munitions en période plus faste.

D.B. – Vos entreprises sont-elles plus résilientes dans les marchés baissiers ?

J.M. – Nous avons réalisé en 2008 qu’en période de stress financier, la qualité des sociétés importe bien peu parce que la Bourse se détache alors complètement des aspects fondamentaux des entreprises. Notre fonds a perdu 38 % cette année-là. Par contre, nous avons toujours confiance que les profits de nos élus seront plus résilients que la moyenne des entreprises au fil du temps justement grâce à leur avantage concurrentiel, quel qu’il soit.

D.B. – Plusieurs de vos titres sont loin d’être des aubaines. Est-ce un risque ?

J.M. – L’évaluation de plusieurs titres est en effet plus élevée que par le passé. La baisse des taux d’intérêt gonfle la valeur attribuée aux profits. En même temps, les bas taux réduisent le coût en capital des sociétés. Il faut soupeser l’influence de ces deux facteurs divergents quand on investit. Les titres sont plus chèrement évalués qu’avant, mais leur évaluation reste rationnelle lorsqu’on compare les bénéfices au faible rendement que procurent les titres à revenu fixe. L’achat de sociétés de haute qualité à prix raisonnable reste le moyen le plus sûr d’éviter les pertes en capital permanentes. Il est tentant d’acheter des titres moins chers, mais ce n’est pas un gage de sécurité.

D.B. – Pourquoi avez-vous porté votre placement dans Groupe Vision New Look à 10,7 % ?

J.M. – Les investisseurs accordent une grande valeur à la rentabilité assez stable du lunettier. Nous avons augmenté notre participation parce que la thèse de placement de New Look (BCI, 32,47 $) est toujours aussi attrayante. L’équipe de dirigeants est compétente et disciplinée. La double stratégie d’acquisitions et d’efficacité interne est aussi la bonne dans une industrie mûre. L’évaluation nous semble juste en fonction des perspectives actuelles, mais le titre peut encore s’apprécier puisque les dirigeants n’ont pas fini de faire croître l’entreprise. New Look privilégie désormais l’achat de cabinets optométristes indépendants pour poursuivre la consolidation de son industrie au Canada. L’ajout récent des appareils auditifs à son offre devrait aussi générer de la valeur sans grandes dépenses en capital.

D.B. – Vous gardez aussi vos actions de Stella-Jones, malgré le départ du PDG ?

J.M. – Soyons clairs. Brian McManus était un leader exceptionnel et son départ est une perte pour le fabricant de traverses et de poteaux. Nous avons vendu des actions de Stella-Jones (SJ, 38,26 $) après l’annonce, mais la chute du titre a ensuite soutenu notre intérêt. Le nouveau PDG devra faire ses preuves, mais la gestion décentralisée et la démarche collégiale de gestion du groupe faciliteront la succession. Le potentiel d’acquisitions est moindre qu’avant, mais Stella-Jones peut encore réaliser des achats et en tirer des synergies. Nos attentes reflètent ces nouvelles perspectives. Nous détenons 2,8 % des actions.

D.B. – Votre placement dans le fournisseur de services de conciergerie GDI a aussi augmenté ?

J.M. – En fait, GDI Services aux immeubles (GDI, 28,75 $) occupe une plus grande place en portefeuille (12 %) parce que son titre a grimpé de 55 % depuis le début de l’année. Le PDG Claude Bigras a démontré dans le passé qu’il peut naviguer en eaux troubles, comme c’était le cas lors de la récession albertaine de 2015. Le titre n’est plus bon marché, mais nous aimons ses fondations stables au Canada et sa stratégie d’acquisitions aux États-Unis. La société se diversifie aussi dans les services techniques à valeur ajoutée tels que l’entretien des systèmes de ventilation et de climatisation. La dette a aussi diminué de 3,5 fois le bénéfice d’exploitation à 2,4 fois depuis 2015.

D.B. – Quelle nouvelle entreprise est entrée en portefeuille ces derniers mois ?

J.M. – En juillet, nous avons acheté la nouvelle AltaGas Canada (ACI, 25,03 $) que le holding AltaGas (ALA, 19,10 $) a envoyée en Bourse en octobre 2018. C’est l’Énergir de l’ouest. Quelque 80 % des bénéfices proviennent de la distribution de gaz naturel par gazoducs. Ses perspectives sont intéressantes pour un service public de taille moyenne dont les tarifs sont réglementés. En Alberta et en Colombie-Britannique, les gouvernements avides d’investissements devraient faciliter ses projets d’expansion. À plus long terme, le marché d’Halifax offre un bon potentiel puisque cette ville compte encore peu d’infrastructure de gaz naturel. L’entreprise de Calgary veut faire croître son actif tarifaire de 5 % par année d’ici 2023. Le dividende annuel devrait suivre cette tendance.