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Peut-on faire mieux que le compte à intérêt élevé?

Catherine Charron|Édition de la mi‑juin 2020

C'est la prudence qui doit primer en ce qui concerne vos épargnes à court terme.

Les comptes à intérêt élevé n’offrent plus que des taux anémiques. Peut-on faire quelque chose pour éviter que l’inflation ne gruge la valeur de nos épargnes ? Mieux vaudrait ne rien faire, ou très peu, disent les experts consultés. C’est la prudence qui doit primer en ce qui concerne vos épargnes à court terme.

En excluant les taux promotionnels dont la durée ne se limite généralement qu’à quelques mois, les taux d’intérêt dans les grandes institutions financières varient entre 0,05 % et 0,20 %, au moment de mettre sous presse. Il est possible de trouver des comptes avec des taux plus élevés chez des prêteurs alternatifs en ligne. Par contre, ces comptes ne sont pas tous protégés par la Société d’assurance-dépôts du Canada (SADC). Il est possible également que les prêteurs exigent des frais de transactions, ce qui vient réduire l’avantage des intérêts plus élevés.

Jean Dupriez, planificateur financier chez Valimax, suggère de ne confier son épargne qu’à l’une des grandes institutions financières. Si vous comptez retirer rapidement certaines sommes, voire d’ici les trois prochaines années, vous devez veiller à ce que les liquidités nécessaires soient accessibles, sans risque de fluctuations, d’ici à la date butoir. «La sécurité de son argent est plus importante que de chercher à avoir 0,2, 0,3 ou même 0,5 % de plus en ristourne», ajoute-t-il.

Même si les comptes à intérêt élevé n’en gardent plus que le nom, ils génèrent tout de même de petits revenus, aussi maigres soient-ils. D’ailleurs, il y aurait beaucoup plus que le taux d’intérêt qui devrait être pris en considération si vous décidez de déplacer votre épargne, selon Gaétan Veillette, planificateur financier chez Services financiers Groupe Investors. Plusieurs facteurs, comme l’accessibilité de ces sommes, les conséquences fiscales de votre choix, la taille de votre épargne, de même que le potentiel de gain entrent en ligne de compte. «L’épargnant doit se donner de la perspective lorsque les taux sont relativement bas comme maintenant, conseille-t-il. Il doit déterminer quel est le gain net après impôt potentiel en allant cherche une fraction additionnelle de pourcentage.»

Les CPG

Si votre horizon de placement se situe entre 6 mois et 10 ans, un certificat de placement garanti (CPG) pourrait vous permettre d’aller chercher un peu plus d’argent. Pour un terme d’un an, on peut trouver des CPG non encaissables avec des taux entre 0,75 % et 1,20 % auprès d’une grande institution financière. «On peut possiblement avoir un meilleur taux si on décide de geler les fonds pour un an, mais il faut être conscient que l’on n’aura plus accès à cette somme», indique la gestionnaire de portefeuille et conseillère en placement chez Raymond James, Mary Hagerman.

En raison de cette contrainte, Gaétan Veillette reste de marbre devant ce produit. «Pour l’épargnant qui a une perspective à court terme, dans le contexte actuel où les taux sont si bas, d’autres instruments de dépôts, comme les comptes à intérêt quotidien, les comptes à intérêt élevé et carrément les comptes de banque sont plus attrayants.»

Une personne qui souhaiterait faire travailler un peu plus son épargne pourrait se tourner vers le marché obligataire, par des fonds communs d’obligation ou des fonds distincts d’obligation, observe Gaétan Veillette. Il rappelle toutefois que plus un véhicule financier est prudent, moins on s’attend à de la performance. «Ça ne fait donc que conserver la valeur de votre capital, et tente au mieux de battre les effets de l’inflation.»

Pour sa part, Jean Dupriez croit que les gens ayant des fonds d’obligation à très court terme devraient y laisser leur épargne, même s’il ne rapporte pas grand-chose après les frais de gestion et les honoraires du conseiller. Il ne conseille toutefois pas de troquer le compte à intérêt élevé pour un fond. Bref, qu’elles soient dans un compte à intérêt élevé ou un fonds d’obligation à court terme, il suggère d’opter le statu quo. «Ça ne vaut pas la peine de faire de changement aujourd’hui. […] Le risque de prendre une mauvaise décision est très élevé».

Si on n’a pas utilisé l’entièreté de ses droits de cotisation au compte d’épargne libre d’impôt (CELI), il peut être intéressant d’y mettre son épargne à court terme afin d’éviter d’être imposé sur les intérêts qu’on reçoit. «Il faut juste faire attention aux règles quand on fait des retraits», rappelle Mary Hagerman.

La gestionnaire de portefeuille rappelle que, en tout temps, il est bénéfique de poser des questions à son institution financière à propos des placements plus payants pour vos liquidités qui dépassent les sommes requises pour vos dépenses des deux ou trois prochains mois. «Souvent c’est le fait de demander qui va révéler des occasions d’avoir des taux un peu meilleurs.»