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Dominique Beauchamp

La Sentinelle de la Bourse

Dominique Beauchamp

Analyse de la rédaction

La Bourse à un carrefour

Dominique Beauchamp|Édition de la mi‑octobre 2021

La Bourse à un carrefour

(Photo: 123RF)

ANALYSE. Fidèle à sa réputation, le mois de septembre a produit un déclin pour tous les indices nord-américains.

Les reculs de 6,3 % pour le Nasdaq, de 4,6 % pour le S&P 500 et de 3,8 % pour le S&P/TSX (en date du 6 octobre), par rapport à leurs sommets respectifs, restent modestes quand on sait que la Bourse connaît un ressac annuel de 13 % en moyenne avant de repartir de l’avant.

Au cours des 13 épisodes de longs marchés haussiers répertoriés depuis 1943, les mouvements baissiers de 5 % se sont transformés en corrections classiques de 10 % environ 40 % du temps, rappelle Liz Ann Sonders, stratège en chef des placements et associée directrice chez Charles Schwab.

Derrière le récent repli des indices se cache une détérioration nettement plus prononcée des cours depuis le début de l’été, dit-elle. Au 1er octobre, plus de 90 % des titres du S&P 500, un peu moins de 90 % de ceux du Nasdaq et 98 % de ceux du Russell 2000 avaient perdu plus de 10 % par rapport à leur sommet respectif.

La chute de certains chouchous du secteur technologique est encore plus spectaculaire : Peloton (PTON, 84,07 $ US) a plongé de 51 %, Zoom Video (ZM, 253,73 $ US) de 57 %, Zillow (Z, 88,87 $ US) de 59 %, Snowflake (SNOW, 307,56 $ US) de 28,7 %, Spotify (SPOT, 232,67 $ US) de 40 % et Shopify (SHOP, 1703,97 $) de 18 %, à titre d’exemples.

Les reculs dans l’ombre des indices indiquent que les investisseurs ne sont pas aussi complaisants qu’on le dit et qu’ils ont pris bonne note des nombreuses inquiétudes qui planent.

La liste est longue : le ralentissement économique automnal causé par le variant Delta, l’inflation mondiale élevée qui réduit le pouvoir d’achat des consommateurs et fait bondir les coûts des entreprises, les ruptures d’approvisionnement, la remontée des taux à long terme, la réduction prochaine des rachats d’obligations par la Réserve fédérale américaine (Fed), la révision à la baisse des prévisions de bénéfices et l’impasse au Congrès américain au sujet du plafond de la dette et du plan de relance de l’administration Biden.

On peut ajouter à cette énumération les ramifications encore inconnues de la défaillance du plus grand promoteur immobilier chinois Evergrande sur l’économie chinoise et mondiale, ainsi que la crise énergétique en Chine et en Europe.

Ces soucis ont incité certains investisseurs à se réfugier dans les obligations du Trésor américain à la toute fin du troisième trimestre, lors du remaniement mécanique des portefeuilles équilibrés. Ces achats ont fait glisser les taux phares sur les obligations américaines à 10 ans sous la barre de 1,5 %, malgré un taux d’inflation américain de 4,3 %, en août.

 

Trois stratèges, trois approches

Tant que le rapport de force entre l’économie qui ralentit et l’inflation qui grimpe n’aura pas été résolu, les investisseurs continueront probablement à se déplacer d’un secteur à l’autre, au jour le jour. « Je ne serais pas surprise de voir le S&P 500 tiré vers le bas à son tour par la faiblesse sous-jacente », indique Liz Ann Sonders. La stratège préconise une approche diversifiée qui met l’accent sur les entreprises offrant un parcours jalonné de bénéfices et un bilan de qualité. « Au lieu de tenter de prévoir quand entrer ou sortir de la Bourse, la volatilité devrait servir à recalibrer le portefeuille si un secteur ou l’autre dévie trop de son équilibre », recommande-t-elle.

Le stratège de Morgan Stanley Michael Wilson continue de privilégier une approche mixte où les secteurs américains plus stables de la consommation de base et de la santé côtoient celui de la finance. Les deux premiers devraient bien performer pendant le dévoilement des résultats potentiellement décevants du troisième trimestre et le ralentissement économique tandis que les banques devraient bénéficier de l’effet de la hausse des taux à long terme sur leurs marges d’intérêt.

Bien que la publication des résultats financiers puisse entraîner une rechute de 5 % des indices, Martin Roberge, de Canaccord Genuity, se positionne pour la réaccélération économique après le ralentissement mondial actuel.

Malgré le record de l’indice des matières premières Bloomberg (Bloomberg Commodity Index) le 4 octobre, le stratège quantitatif continue de préférer les matières premières, qui n’ont pas fini de bénéficier du réapprovisionnement mondial par les entreprises et de la discipline manifestée jusqu’ici par les producteurs de ressources naturelles.

Martin Roberge a aussi une préférence pour les titres de faible capitalisation, du fait que les PME sont bien placées pour bénéficier de la croissance américaine interne qui surpasse celle d’autres pays. Les PME en Bourse ont actuellement une évaluation comparable à celle des plus grandes sociétés alors qu’historiquement, ces titres sont 20 % plus chèrement évalués selon le ratio cours/bénéfice.