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La solution? L’immigration!

L'économie en version corsée|Édition de Décembre 2019

La solution? L’immigration!

(Photo: 123RF)

CHRONIQUE. Ils se prénomment Nestor Garcia, Rachida ou Alexandru, et c’est entre leurs mains que repose l’avenir socioéconomique du Québec. Non pas entre celles de William, Léa ou Félix. C’est ce que j’ai découvert en me penchant sur des statistiques qui, mine de rien, frappent plus fort qu’un coup de poing expédié dans le foie…

Aujourd’hui, le taux de chômage des Québécois nés au Québec est de 4,8 % et celui de ceux qui sont arrivés au Québec depuis moins de cinq ans est de 10,2 %, selon les données de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). L’écart va du simple au double, ce qui est anormal.

L’explication ? Pour s’en faire une idée, il convient d’aller plus en profondeur dans les chiffres. Ainsi, lorsqu’on compare l’évolution du taux de chômage des immigrants de 25-54 ans qui résident au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, on note que les trois courbes vont en diminuant progressivement depuis 2009 – une bonne chose en soi -, mais aussi que le taux au Québec est systématiquement deux fois plus élevé que ceux des deux autres provinces, d’après les données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Autrement dit, il y a là une particularité québécoise.

Maintenant, considérons le taux d’emploi, c’est-à-dire la proportion des gens ayant un emploi parmi ceux qui sont en âge de travailler (les 15-64 ans). Ce taux reflète la capacité d’une économie à utiliser ses ressources en main-d’oeuvre. Il est de 87 % pour les Québécois nés au Québec et de 66 % pour les immigrants arrivés depuis moins de cinq ans : l’écart de 21 points est le plus grand de toutes les provinces canadiennes.

La conclusion est implacable : nous sommes les moins enclins à intégrer les immigrants dans nos entreprises.

Pis, nous peinons à les retenir chez nous. Le taux de rétention sur cinq ans est aujourd’hui de 84 % au Québec – ce qui est mieux qu’il y a une quinzaine d’années, le pourcentage étant alors de 75 %, selon Statistique Canada -, mais cela place le Québec seulement à la quatrième place, derrière l’Ontario (91 %), l’Alberta (90 %) et la Colombie-Britannique (87 %). Comme quoi, nous n’avons pas réalisé que le départ d’un immigrant et de sa petite famille qui avaient passé ici une demi-douzaine d’années était une perte socioéconomique pour nous, que c’était là une richesse qui s’en allait fructifier ailleurs, au bénéfice d’autres provinces. Une perte d’autant plus regrettable que la pénurie de main-d’oeuvre ne va pas cesser de s’aggraver dans les décennies à venir…

Braquons les projecteurs sur – au hasard – l’Estrie. Les données de Services Québec et de l’ISQ montrent qu’entre 2016 et 2041 :

  • la population en âge de travailler va croître en Estrie de… 0 %. Du coup, il n’y aura pas plus de main-d’oeuvre dans les vingt prochaines années qu’il y en a aujourd’hui.
  • la population en âge de travailler dans la MRC du Granit devrait chuter de 24 %, celle de la MRC des Sources, de 16 %, et celle de la MRC de Coaticook, de 9 %. Le seul lieu qui devrait tirer son épingle du jeu, c’est Sherbrooke (+ 8 %).
  • la population en âge d’être à la retraite (65 ans et plus) devrait, elle, bondir de 64 % en Estrie d’ici 2041.

La démographie explique ce phénomène : à partir de 2030 – retenez bien cette date -, il y aura, pour la toute première fois, plus de décès que de naissances au Québec. Et la situation ira en empirant jusqu’en 2055, d’après l’ISQ. En conséquence, la seule source d’accroissement possible de la population québécoise viendra de l’immigration. À 100 %. Je vous l’avais dit, l’avenir appartient à Nestor Garcia, Rachida et Alexandru…

Et nos entreprises, dans tout ça ? Elles n’ont pas d’autre choix que de miser à fond sur l’immigration, surtout en région. Les grandes gagnantes seront, comme toujours, celles qui auront su rafler la mise avant la concurrence.

D’ores et déjà, des pionnières estriennes se démarquent à ce sujet. Cabico, un fabricant d’armoires sur mesure, a décidé que puisque les immigrants ne venaient pas à lui, ce serait lui qui irait à eux : la PME a mis en place un service d’autobus qui fait quotidiennement l’aller-retour entre ses locaux de Coaticook et Sherbrooke pour y chercher ses travailleurs immigrants qui y résident. Une initiative qui lui a fait gagner le prix de l’Employeur inspirant décerné par la Chambre de commerce et d’industrie de la région de Coaticook.

Fabrication Dulac, qui est spécialisée dans les structures d’acier et de métaux ouvrés, va plus loin encore : le PDG, Dave Harvey, se rend lui-même au Mexique pour recruter des travailleurs, se charge de les faire venir avec leurs familles, de les accueillir à l’aéroport et de les héberger à l’hôtel, le temps de trouver un logement à proximité de l’usine de Saint-Ludger. Il organise un comité d’accueil et invite les employés à suivre des cours d’espagnol, conscient qu’il est que l’«intégration doit se faire dans les deux sens», m’a-t-il confié. Depuis, la PME croule sous les honneurs : Employeur remarquable, Prix de la diversité culturelle et autres Granit d’or.

«Oui, l’immigration est une question de survie pour nos entreprises, a poursuivi M. Harvey. Mais c’est surtout un enrichissement pour nous tous : l’arrivée des nouveaux a été une bouffée d’air frais pour les employés, ça a boosté le bien-être de tout le monde.»

Et dire que le gouvernement Legault ne trouve rien de mieux à faire que de mettre des bâtons dans les roues des immigrants et de ceux qui rêvent de les embaucher…

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Espressonomie

Un rendez-vous hebdomadaire dans Les affaires et Lesaffaires.com, dans lequel Olivier Schmouker éclaire l’actualité économique à la lumière des grands penseurs d’hier et d’aujourd’hui, quitte à renverser quelques idées reçues.

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