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Analyse de la rédaction

Prudence avec le pétrole

Denis Lalonde|Édition de la mi‑septembre 2022

Prudence avec le pétrole

(Photo: 123RF)

EN ACTION. Durant les huit premiers mois de l’année, l’indice S&P/TSX a subi un recul d’un peu plus de 7%. Pendant ce temps, huit des dix secteurs de l’indice phare de la Bourse de Toronto étaient dans le rouge. Les deux seuls à avoir résisté au mouvement baissier ont été les services aux collectivités (+5,45%) et l’énergie (+48,75%).

Les investisseurs qui ont eu la clairvoyance de miser sur les titres énergétiques au début de l’année ont ainsi pu voir cette portion de leur portefeuille grimper pendant que les marchés boursiers et obligataires reculaient au rythme des hausses de taux d’intérêt annoncées par les grandes banques centrales.

Un écart de 55 points de pourcentage entre le sous-indice du secteur de l’énergie et l’indice S&P/TSX est loin d’être banal.

Miser sur un secteur qui a aussi mauvaise presse, alors que les investissements environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont la cote demande une certaine confiance en soi. Quiconque discute de ses investissements dans le pétrole devant des interlocuteurs à la conscience environne- mentale plus développée risque de se faire regarder avec une moue de dégoût.

 

Une demande croissante

Pourtant, en consultant les plus récentes études de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qu’on le veuille ou non, la demande pour le pétrole est en croissance. Cette dernière vient de relever ses prévisions de hausse moyenne de la demande quotidienne à 2,1 millions de barils par jour (MBPJ) pour 2022, pour une consommation totale de 99,7 MBPJ. Pendant ce temps, la production mondiale a atteint 100,5 MBPJ en juillet. En 2023, toujours selon l’AIE, cette même demande devrait grimper d’un autre 2,1 MBPJ, ce qui lui ferait dépasser son sommet pré-COVID et atteindre 101,8 MBPJ. À ce moment, la production devra suivre la cadence, sans quoi les prix du brut pourraient se remettre à flamber.

Le 5 septembre, les pays membres de l’OPEP+ ont convenu de réduire leurs quotas de production de 100 000 barils par jour pour soutenir les prix face aux risques de récession, annulant une hausse similaire annoncée en août. Le cartel et ses pays alliés, dont la Russie, envoient ainsi un signal au reste du monde.

D’autres réductions pourraient survenir, ce qui aurait un effet inflationniste pour tous les produits et services qui dépendent de près ou de loin du pétrole.

Bien que la situation actuelle soit précaire, l’offre reste légèrement supérieure à la demande. Cette situation a permis au prix du baril de Western Texas Intermediate (WTI) de reculer d’environ 30 % entre son récent sommet du mois de juin et le début du mois de septembre.

Il ne faut pas négliger le fait qu’outre l’OPEP et ses alliés, d’autres forces en présence influencent l’offre et la demande, ce qui pourrait avoir un effet notable sur les rendements des titres énergétiques qui bénéficient de prix élevés.

 

Les réserves américaines en chute libre

L’administration américaine n’a pas hésité, depuis le début de l’année, à puiser dans ses réserves stratégiques pour tenter de faire reculer les prix de l’or noir. Selon les chiffres de l’U.S. Energy Information Administration, les États-Unis possédaient des réserves de près de 594 millions de barils de pétrole au 31 décembre dernier. Durant la semaine terminée le 2 septembre, ces mêmes réserves étaient de 442,5 millions de barils, leur plus bas niveau depuis novembre 1984. En huit mois, les réserves stratégiques américaines ont ainsi fondu de plus de 25 %. Tôt ou tard, l’administration américaine devra freiner le recul de ses réserves et potentiellement même les regarnir, ce qui stimulera la demande. Si la guerre en Ukraine s’étire et que le prochain hiver est rigoureux dans les régions qui utilisent des combustibles fossiles pour se chauffer, cela empirerait la situation.

Ce qui nous amène à la grande question. Est-il encore possible d’investir dans l’énergie et espérer réaliser de bons rendements à moyen terme quand la plupart des économistes prédisent une récession en 2023 ou en 2024 ?

À court terme, la réponse ne saute pas aux yeux. La U.S. Energy Information Administration prévoit un prix moyen de 98,71 $US le baril pour le WTI cette année, et de 104,78 $US pour le Brent. En 2023, ces prévisions passent à 89,13 $US pour le WTI et à 95,13 $US pour le Brent. Si tout cela se matérialise, les profits des pétrolières vont tôt ou tard refléter ces baisses, ce qui comprimera les valorisations en Bourse à moyen terme.

Fin août, l’agence Reuters a publié son plus récent sondage sur les prix du pétrole d’ici 2026, fondé sur les opinions de 41 analystes de l’industrie. (Voir le tableau)

Selon l’étude, les plus optimistes entrevoient un prix moyen de 125 $US le baril pour le Brent l’an prochain et de 120 $US pour le WTI, alors que les plus pessimistes misent sur des prix respectifs de 74 $US et de 71 $US pour les deux références de l’industrie pétrolière. Le prix moyen prévu en 2023 ressort à 96,67 $US pour le Brent et à 92,48 $US pour le WTI, ce qui est proche des valeurs actuelles.

D’autres tensions géopolitiques peuvent bien sûr survenir et modifier considérablement l’équilibre entre l’offre et la demande, mais ces données incitent à la prudence et rappellent le vieil adage selon lequel les rendements passés ne sont pas garants de l’avenir.

 

Vous venez de lire la première chronique En action, qui sera publiée en alternance avec la chronique de ma collègue Dominique Beauchamp, La sentinelle de la Bourse. Vous désirez que nous analysions un sujet ou une thématique? Écrivez-moi à: denis.lalonde@groupecontex.ca