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Un emballage de 450 tonnes pour le Grand Théâtre de Québec

Jean-François Venne|Édition de la mi‑octobre 2021

Un emballage de 450 tonnes pour le Grand Théâtre de Québec

Le Grand Théâtre de Québec, dont l' «emballage» est composée de 900 panneaux de verre. (Photo: courtoisie)

ARCHITECTURE. Les cabinets d’architecte Lemay et Atelier 21 ont combiné leurs expertises pour rénover le Grand Théâtre de Québec (GTQ) grâce à une approche innovante. Ils ont ainsi préservé un élément important du patrimoine bâti du Québec.

Le GTQ est un peu la maison de l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ), qui y est installé depuis sa construction, il y a 50 ans. Les rénovations majeures apportées à l’édifice n’ont pas brisé cette union, puisque l’ensemble a continué de pratiquer sur les lieux pendant les travaux. « Nous avons réaménagé nos horaires à quelques reprises et bien sûr, certaines de nos causeries avec le public ont été légèrement plus bruyantes que d’habitude, mais dans l’ensemble, nous n’avons pas été trop dérangés », raconte la PDG de l’OSQ, Astrid Chouinard.

Elle se plaint d’autant moins que le jeu en valait à son avis largement la chandelle. Les musiciens y ont gagné un espace studio multifonctionnel revampé, qui offre une meilleure qualité sonore et peut désormais être truffé d’équipements de captation. « La réfection met le bâtiment en valeur et crée une expérience client plus agréable », juge Astrid Chouinard.

 

Rongé par l’humidité

Construit en 1971, le GTQ est une œuvre de l’architecte Victor Prus, un pionnier du brutalisme au Québec. Ce style fait la part belle aux matériaux bruts (d’où son nom), comme le béton, et aux fenêtres, mais boude généralement les ornements. Habitat 67, la Place Bonaventure et l’immeuble Le Rigaud, sur la rue Sherbrooke, à Montréal, en sont quelques exemples. 

Solidement ancré dans cette approche, le GTQ est formé de panneaux muraux et de composants préfabriqués en béton apparent, qui en constituent à la fois les faces extérieures et intérieures. Les parois extérieures sont exposées aux cycles gel-dégel propres au Québec. De plus, le taux d’humidité doit toujours rester assez élevé à l’intérieur, afin de préserver les instruments de musique en bois et autres équipements des usagers, ainsi que les voix des chanteurs et des chanteuses de l’Opéra de Québec. Comme les murs ont été construits sans pare-vapeur, cette humidité y générait de la condensation, qui gelait pendant l’hiver et endommageait le béton depuis sa construction.

Lorsqu’il est arrivé au poste de chef du Service de l’immeuble du GTQ en 2004, Albani Boudreau a rapidement constaté que des éclats de béton chutaient régulièrement à l’extérieur. Les ancrages d’acier qui tenaient le béton étaient également rouillés de l’intérieur. « Cela posait un problème de sécurité évident, reconnaît-il. Nous craignions même de voir un panneau de béton tomber. »

 

Le choix du verre

De prime abord, la solution aurait pu se limiter à remplacer les panneaux de béton. Mais l’artiste québécois d’origine catalane Jordi Bonet a sculpté une spectaculaire murale sur plus de 60 % de la surface intérieure du bâtiment, directement sur le béton. On y retrouve notamment la fameuse citation du poète Claude Péloquin : « Vous n’êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C’est assez! » Mourir, c’est justement le sort qui attendait la murale si les panneaux de béton étaient remplacés. Impensable pour les dirigeants du GTQ.

« Nous avons envisagé plusieurs hypothèses avec les ingénieurs, le spécialiste en restauration de béton et l’entrepreneur, puis une idée a surgi : recouvrir le bâtiment d’une enveloppe de verre », explique Éric Pelletier, architecte principal à la conception du cabinet Lemay. Ce dernier aura d’ailleurs l’occasion de commenter ce projet à l’Expo Contech bâtiment de Montréal, le 11 novembre prochain.

Cette monumentale cage translucide se compose de 900 panneaux de verre d’une demi-tonne chacun, posés sur une structure d’acier elle-même arrimée aux piliers existants du bâtiment. Elle couvre complètement l’enveloppe de béton, sans qu’aucune ouverture n’y soit percée. Une première en Amérique du Nord. 

« Cela crée une chambre d’air qui permet de contrôler la température sur les faces de béton et d’acier, explique Christian Bernard, architecte senior associé à Atelier 21. Puisque la paroi n’est plus exposée au gel, le béton devrait retrouver au cours des 10 prochaines années la même solidité qu’au moment de sa construction. » Cela devrait assurer un autre demi-siècle d’activité à l’édifice, selon lui.

 

Une innovation saluée

Le projet a certainement retenu l’attention bien au-delà de la ville de Québec. Cette année, il a reçu le Prix pour l’innovation en architecture de l’Institut royal d’architecture du Canada, ainsi que le Grand Prix d’excellence et le Prix du public remis par l’Ordre des architectes du Québec. La reconnaissance du public a particulièrement touché Éric Pelletier, puisque « c’est d’abord pour les usagers et l’ensemble des citoyens que les architectes conçoivent leurs bâtiments », souligne-t-il.

 

Les cabinets d’architecte Lemay et Atelier 21 ont combiné leurs expertises pour rénover le Grand Théâtre de Québec (GTQ) grâce à une approche innovante. Ils ont ainsi préservé un élément important du patrimoine bâti du Québec.
Le GTQ est un peu la maison de l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ), qui y est installé depuis sa construction, il y a 50 ans. Les rénovations majeures apportées à l’édifice n’ont pas brisé cette union, puisque l’ensemble a continué de pratiquer sur les lieux pendant les travaux. « Nous avons réaménagé nos horaires à quelques reprises et bien sûr, certaines de nos causeries avec le public ont été légèrement plus bruyantes que d’habitude, mais dans l’ensemble, nous n’avons pas été trop dérangés », raconte la PDG de l’OSQ, Astrid Chouinard.
Elle se plaint d’autant moins que le jeu en valait à son avis largement la chandelle. Les musiciens y ont gagné un espace studio multifonctionnel revampé, qui offre une meilleure qualité sonore et peut désormais être truffé d’équipements de captation. « La réfection met le bâtiment en valeur et crée une expérience client plus agréable », juge Astrid Chouinard.
Rongé par l’humidité
Construit en 1971, le GTQ est une œuvre de l’architecte Victor Prus, un pionnier du brutalisme au Québec. Ce style fait la part belle aux matériaux bruts (d’où son nom), comme le béton, et aux fenêtres, mais boude généralement les ornements. Habitat 67, la Place Bonaventure et l’immeuble Le Rigaud, sur la rue Sherbrooke, à Montréal, en sont quelques exemples. 
Solidement ancré dans cette approche, le GTQ est formé de panneaux muraux et de composants préfabriqués en béton apparent, qui en constituent à la fois les faces extérieures et intérieures. Les parois extérieures sont exposées aux cycles gel-dégel propres au Québec. De plus, le taux d’humidité doit toujours rester assez élevé à l’intérieur, afin de préserver les instruments de musique en bois et autres équipements des usagers, ainsi que les voix des chanteurs et des chanteuses de l’Opéra de Québec. Comme les murs ont été construits sans pare-vapeur, cette humidité y générait de la condensation, qui gelait pendant l’hiver et endommageait le béton depuis sa construction.
Lorsqu’il est arrivé au poste de chef du Service de l’immeuble du GTQ en 2004, Albani Boudreau a rapidement constaté que des éclats de béton chutaient régulièrement à l’extérieur. Les ancrages d’acier qui tenaient le béton étaient également rouillés de l’intérieur. « Cela posait un problème de sécurité évident, reconnaît-il. Nous craignions même de voir un panneau de béton tomber. »
Le choix du verre
De prime abord, la solution aurait pu se limiter à remplacer les panneaux de béton. Mais l’artiste québécois d’origine catalane Jordi Bonet a sculpté une spectaculaire murale sur plus de 60 % de la surface intérieure du bâtiment, directement sur le béton. On y retrouve notamment la fameuse citation du poète Claude Péloquin : « Vous n’êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C’est assez! » Mourir, c’est justement le sort qui attendait la murale si les panneaux de béton étaient remplacés. Impensable pour les dirigeants du GTQ.
« Nous avons envisagé plusieurs hypothèses avec les ingénieurs, le spécialiste en restauration de béton et l’entrepreneur, puis une idée a surgi : recouvrir le bâtiment d’une enveloppe de verre », explique Éric Pelletier, architecte principal à la conception du cabinet Lemay. Ce dernier aura d’ailleurs l’occasion de commenter ce projet à l’Expo Contech bâtiment de Montréal, le 11 novembre prochain.
Cette monumentale cage translucide se compose de 900 panneaux de verre d’une demi-tonne chacun, posés sur une structure d’acier elle-même arrimée aux piliers existants du bâtiment. Elle couvre complètement l’enveloppe de béton, sans qu’aucune ouverture n’y soit percée. Une première en Amérique du Nord. 
« Cela crée une chambre d’air qui permet de contrôler la température sur les faces de béton et d’acier, explique Christian Bernard, architecte senior associé à Atelier 21. Puisque la paroi n’est plus exposée au gel, le béton devrait retrouver au cours des 10 prochaines années la même solidité qu’au moment de sa construction. » Cela devrait assurer un autre demi-siècle d’activité à l’édifice, selon lui.
Une innovation saluée
Le projet a certainement retenu l’attention bien au-delà de la ville de Québec. Cette année, il a reçu le Prix pour l’innovation en architecture de l’Institut royal d’architecture du Canada, ainsi que le Grand Prix d’excellence et le Prix du public remis par l’Ordre des architectes du Québec. La reconnaissance du public a particulièrement touché Éric Pelletier, puisque « c’est d’abord pour les usagers et l’ensemble des citoyens que les architectes conçoivent leurs bâtiments », souligne-t-il.Les cabinets d’architecte Lemay et Atelier 21 ont combiné leurs expertises pour rénover le Grand Théâtre de Québec (GTQ) grâce à une approche innovante. Ils ont ainsi préservé un élément important du patrimoine bâti du Québec.

 

Le GTQ est un peu la maison de l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ), qui y est installé depuis sa construction, il y a 50 ans. Les rénovations majeures apportées à l’édifice n’ont pas brisé cette union, puisque l’ensemble a continué de pratiquer sur les lieux pendant les travaux. « Nous avons réaménagé nos horaires à quelques reprises et bien sûr, certaines de nos causeries avec le public ont été légèrement plus bruyantes que d’habitude, mais dans l’ensemble, nous n’avons pas été trop dérangés », raconte la PDG de l’OSQ, Astrid Chouinard.
Elle se plaint d’autant moins que le jeu en valait à son avis largement la chandelle. Les musiciens y ont gagné un espace studio multifonctionnel revampé, qui offre une meilleure qualité sonore et peut désormais être truffé d’équipements de captation. « La réfection met le bâtiment en valeur et crée une expérience client plus agréable », juge Astrid Chouinard.
Rongé par l’humidité
Construit en 1971, le GTQ est une œuvre de l’architecte Victor Prus, un pionnier du brutalisme au Québec. Ce style fait la part belle aux matériaux bruts (d’où son nom), comme le béton, et aux fenêtres, mais boude généralement les ornements. Habitat 67, la Place Bonaventure et l’immeuble Le Rigaud, sur la rue Sherbrooke, à Montréal, en sont quelques exemples. 
Solidement ancré dans cette approche, le GTQ est formé de panneaux muraux et de composants préfabriqués en béton apparent, qui en constituent à la fois les faces extérieures et intérieures. Les parois extérieures sont exposées aux cycles gel-dégel propres au Québec. De plus, le taux d’humidité doit toujours rester assez élevé à l’intérieur, afin de préserver les instruments de musique en bois et autres équipements des usagers, ainsi que les voix des chanteurs et des chanteuses de l’Opéra de Québec. Comme les murs ont été construits sans pare-vapeur, cette humidité y générait de la condensation, qui gelait pendant l’hiver et endommageait le béton depuis sa construction.
Lorsqu’il est arrivé au poste de chef du Service de l’immeuble du GTQ en 2004, Albani Boudreau a rapidement constaté que des éclats de béton chutaient régulièrement à l’extérieur. Les ancrages d’acier qui tenaient le béton étaient également rouillés de l’intérieur. « Cela posait un problème de sécurité évident, reconnaît-il. Nous craignions même de voir un panneau de béton tomber. »
Le choix du verre
De prime abord, la solution aurait pu se limiter à remplacer les panneaux de béton. Mais l’artiste québécois d’origine catalane Jordi Bonet a sculpté une spectaculaire murale sur plus de 60 % de la surface intérieure du bâtiment, directement sur le béton. On y retrouve notamment la fameuse citation du poète Claude Péloquin : « Vous n’êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C’est assez! » Mourir, c’est justement le sort qui attendait la murale si les panneaux de béton étaient remplacés. Impensable pour les dirigeants du GTQ.
« Nous avons envisagé plusieurs hypothèses avec les ingénieurs, le spécialiste en restauration de béton et l’entrepreneur, puis une idée a surgi : recouvrir le bâtiment d’une enveloppe de verre », explique Éric Pelletier, architecte principal à la conception du cabinet Lemay. Ce dernier aura d’ailleurs l’occasion de commenter ce projet à l’Expo Contech bâtiment de Montréal, le 11 novembre prochain.
Cette monumentale cage translucide se compose de 900 panneaux de verre d’une demi-tonne chacun, posés sur une structure d’acier elle-même arrimée aux piliers existants du bâtiment. Elle couvre complètement l’enveloppe de béton, sans qu’aucune ouverture n’y soit percée. Une première en Amérique du Nord. 
« Cela crée une chambre d’air qui permet de contrôler la température sur les faces de béton et d’acier, explique Christian Bernard, architecte senior associé à Atelier 21. Puisque la paroi n’est plus exposée au gel, le béton devrait retrouver au cours des 10 prochaines années la même solidité qu’au moment de sa construction. » Cela devrait assurer un autre demi-siècle d’activité à l’édifice, selon lui.
Une innovation saluée

 

Le projet a certainement retenu l’attention bien au-delà de la ville de Québec. Cette année, il a reçu le Prix pour l’innovation en architecture de l’Institut royal d’architecture du Canada, ainsi que le Grand Prix d’excellence et le Prix du public remis par l’Ordre des architectes du Québec. La reconnaissance du public a particulièrement touché Éric Pelletier, puisque « c’est d’abord pour les usagers et l’ensemble des citoyens que les architectes conçoivent leurs bâtiments », souligne-t-il.