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Biopharmas: après la pluie, le beau temps?

Simon Lord|Édition de la mi‑mars 2023

Biopharmas: après la pluie, le beau temps?

Selon S&P Global, le secteur des soins de santé a reculé de 61,6 % au sein de l’indice canadien S&P/TSX en 2022. (Photo: 123RF)

Après avoir atteint des sommets au milieu de la pandémie, le marché des biopharmaceutiques a entamé un lent repli qui se poursuit aujourd’hui. Si les facteurs fondamentaux des entreprises de l’industrie restent solides, la reprise pourrait prendre encore un moment, surtout dans un contexte de hausse de taux. Survol du secteur. 

De manière générale, l’année 2022 a été une année difficile pour le secteur des technologies, relate Cédric Bisson, associé à Teralys Capital, qui est très actif dans le domaine des sciences de la vie. « Des entreprises de TI à celles des sciences de la vie, on a constaté des pertes de valeur importantes sur les marchés publics, dit-il. C’est pareil pour le secteur des biotechs. »

 

Les chiffres le montrent bien. 

Selon S&P Global, le secteur des soins de santé a reculé de 61,6 % au sein de l’indice canadien S&P/TSX en 2022. 

Idem si l’on regarde plutôt le fonds indiciel négocié en Bourse (FINB) SPDR S&P Biotech (XBI, 85,62 $ US), qui regroupe le segment de la biotechnologie de l’indice S&P Total Market, qui suit l’ensemble du marché boursier américain. Alors que le titre — et le marché — a connu un sommet absolu en février 2021, à 166,78 $ US, une baisse rapide s’est ensuivie. Le titre a ainsi fondu pratiquement de moitié. 

Quant au NASDAQ Biotechnology Index (NBI), un indice boursier composé de titres de sociétés biotechnologiques ou pharmaceutiques cotées au NASDAQ — typiquement, des entreprises plus grandes que celles du FINB XBI —, la baisse a aussi été notable, quoique moindre. D’un sommet de 5449,32 points le 3 septembre 2021, il s’est établi aux alentours de 4225 points en février dernier.

 

Incertitude, intérêts et insuccès 

Les facteurs ayant contribué à la baisse sont nombreux.

En premier lieu, une incertitude généralisée a contribué à pénaliser disproportionnellement les titres à forte croissance et à plus haut risque, comme ceux des biotechs. 

« Que ce soit sur le plan macroéconomique ou géopolitique, il y a eu de l’incertitude autour de l’Ukraine, la sécurité de l’Europe et les chaînes d’approvisionnement, par exemple, et ça ne met pas l’investisseur moyen en confiance », explique Cédric Bisson. 

En second lieu, la hausse des taux d’intérêt a également affecté le secteur. Avec la hausse, ce sont tous les titres de croissance qui souffrent, ajoute l’associé.

« La hausse des taux entraîne une augmentation du coût du capital et toutes les sociétés qui sont valorisées sur la base de produits futurs, comme les biotechs, sont affectées négativement. »

En troisième lieu, le secteur a été ralenti par un nombre de mauvaises nouvelles plus élevé que la normale. 

« C’est une coïncidence, mais plusieurs sociétés ont échoué en même temps à livrer ce qu’elles avaient promis. Ça n’a pas aidé », dit Cédric Bisson. Cela dit, il estime que les facteurs fondamentaux du secteur restent solides — un indicateur, à terme, d’un retour de la croissance.

Les investissements restent importants si l’on compare à des années normales, voire légèrement meilleures que la normale, comme 2019, puisque 2020 et 2021 ont été des années « complètement exubérantes ». 

Ensuite, l’innovation technologique reste élevée, les besoins sont grandissants et le contexte est favorable à la formation de partenariats dans l’industrie.

« Je n’ai pas de boule de cristal, mais je pense que le marché va repartir tranquillement, estime Cédric Bisson. Il ne repartira pas en trombe, et il y aura sûrement de la volatilité et des faux rallyes, mais mon hypothèse, c’est que le marché ne risque pas de se rouvrir avant au moins juillet. »

 

Marché en santé

Geneviève Guertin, vice-présidente aux placements privés et aux investissements d’impact de la Division des sciences de la vie, au Fonds de solidarité FTQ, fait une lecture similaire de la situation. Pour elle aussi, les facteurs fondamentaux du marché restent solides.

« Quand je regarde à Montréal, au Québec, l’industrie des biopharmas est en excellente santé, dit-elle.» 

Elle explique d’abord que l’industrie, dans la province, comprend beaucoup de sociétés mûres qui sont rendues à l’étape des études cliniques, un « bon indicateur ». Elle cite par exemple Bellus Santé (BLU, 11,00$), enGene et Repare Therapeutics (RPTX, 12,16 $ US). 

Geneviève Guertin note ensuite que des entrepreneurs à succès, comme Paul F. Truex et Clarissa Desjardins, « une rockstar », lancent de nouvelles sociétés alors que l’offre de capital reste, somme toute, très bonne.

Elle espère qu’après l’effervescence de 2021 et le balayage qu’ont connu les biopharmaceutiques en 2022, le secteur retrouvera l’équilibre en 2023.