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Le Québec poursuivra sa croissance en 2019

Pierre Cléroux|Édition de la mi‑janvier 2019

EXPERT INVITÉ. L’économie québécoise poursuivra sa croissance en 2019, mais à un rythme moins ...

Expert invité L’économie québécoise poursuivra sa croissance en 2019, mais à un rythme moins vigoureux que les dernières années. Le ­PIB québécois, qui devrait atteindre 2,5 % en 2018, comparativement à 2,8 % l’année précédente, continuera en effet de croître d’environ 2 % en 2019.

Le dynamisme de l’économie américaine, qui a alimenté la croissance du ­Québec au cours de la dernière année, aura à nouveau un impact important sur la performance économique de la province. Bien sûr, les ­États-Unis seront aussi confrontés à un ralentissement, mais la plupart des indicateurs économiques laissent entrevoir une croissance qui restera vigoureuse à 2,5 %.

Ainsi, les dépenses de consommation et les investissements des entreprises resteront solides grâce, entre autres, aux importantes réductions d’impôts offertes par le président ­Trump depuis janvier 2018. Nos voisins du sud connaissent aussi un resserrement du marché du travail, leur taux de chômage étant tombé à 3,7 % l’automne dernier, soit à son plus bas depuis près de 50 ans, entraînant du même coup une hausse des salaires.

Or, la bonne santé économique américaine aura évidemment des répercussions jusqu’au ­Québec, qui profitera d’un huard qui devrait rester bas en 2019, vraisemblablement entre 75 et 80 cents par rapport au dollar américain. Pour une province qui exporte plus de 70 % de ses produits et services aux ­États-Unis, la faiblesse de notre devise reste un précieux atout.

D’autant que le remplacement de l’Accord de ­libre-échange ­nord-américain (ALÉNA) par l’Accord ­Canada-États-Unis–­Mexique- (ACEUM) a mis fin aux hostilités commerciales et réduit grandement les incertitudes qui planaient sur le ­Québec au début de 2018. Une situation qui est de bon augure, même si les tarifs douaniers sur le bois d’œuvre, l’acier et l’aluminium demeurent toujours en vigueur. De plus, l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), qui entre en vigueur en janvier, est une autre bonne nouvelle pour les exportateurs.

Des ombres au tableau

Il y a toutefois des ombres au tableau. Le ralentissement de l’économie est en effet causé par une sévère pénurie de ­main-d’œuvre et la hausse des taux d’intérêt. Le taux de chômage au ­Québec a oscillé autour de 5,4 % tout au long de la dernière année. Dans la région de ­Québec, il se maintient même à environ 4 %. Un autre signe que le marché du travail se resserre, le taux d’emploi dans l’ensemble du ­Québec s’élève à 74,8 %, un taux supérieur à celui de l’Ontario ou de la moyenne canadienne. Il y a donc une proportion plus grande de Québécois que de Canadiens qui travaillent.

Résultat : une grande majorité de dirigeants de ­PME peinent à trouver des travailleurs, au point même de limiter leur croissance et celle de l’économie. Des entrepreneurs rencontrés ces dernières semaines m’ont souligné avoir cessé de prendre de nouveaux clients. D’autres font appel à des ­sous-traitants à l’extérieur du Québec. Tout cela va limiter la croissance économique au Québec en 2019.

Or, étant donné le départ à la retraite toujours massif des ­baby-boomers pourtant depuis longtemps annoncé, la situation risque de perdurer. La croissance de la population canadienne en âge de travailler va en effet demeurer inférieure à 0,2 % l’année prochaine et dans les dix années à venir. Les propriétaires d’entreprise doivent donc être créatifs pour trouver des travailleurs et rester concurrentiels, en puisant notamment dans des bassins de ressources ­sous-utilisées comme les immigrants ou les travailleurs plus âgés.

Enfin, la hausse des taux d’intérêt qui s’est amorcée depuis l’été 2017 est une autre source de ralentissement pour l’économie. Les ménages devront consacrer une plus grande partie de leur revenu aux paiements d’intérêt, ce qui va réduire leurs dépenses de consommation et refroidir le marché de l’habitation.

En résumé, le ­Québec poursuivra sa croissance en 2019, mais à un rythme moins élevé.

EXPERT INVITÉ
Pierre Cléroux
est vice-président, Recherche et économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC)