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Leçons d’entrepreneurs «marqués au fer rouge»

Emmanuel Martinez|Édition de janvier 2022

Leçons d’entrepreneurs «marqués au fer rouge»

Alexandre Vézina (Photo: courtoisie)

DES LEADERS ET DES MOTS. Qu’ont en commun l’ex-hockeyeur Steve Bégin, le chroniqueur techno François Charron et le fondateur de DuProprio Nicolas Bouchard ? Ils ont tous passé à travers une difficulté entrepreneuriale qui est racontée dans le livre Marqués au fer rouge, d’Alexandre Vézina. En plus de se confier sur une de ses propres mésaventures en affaires, l’auteur détaille celles d’une vingtaine d’entrepreneurs québécois.

Pour chacun d’eux, il explique cette expérience qui « laisse une trace indélébile, une séquelle qui oriente différemment nos décisions et nos actions ». Après les avoir racontés, Alexandre Vézina tire des leçons de chaque récit.

On y apprend notamment comment le fondateur de l’entreprise de boissons gazeuses 1642, Bastien Poulain, s’est fait frauder par un de ses représentants. Lorsqu’il s’est rendu compte que le malfaiteur avait empoché l’argent, il était trop tard.

« Le gars avait tout mis au nom de sa fille… sa voiture, ses biens, etc. Donc, lui, en tant que personne, ne possède rien, a confié Bastien Poulain. Il s’est bâti un stratagème de fraude. Une structure pour frauder les autres sans rien perdre lui-même. C’est hallucinant ! » Il a ensuite su que trois autres entrepreneurs avaient déjà été victimes de cet individu.

Ce revers, qui a failli le faire couler, lui a appris à faire des vérifications plus rigoureuses avant de faire affaire avec un partenaire.

 

Victime de bandits à cravate

Le chroniqueur techno François Charron a aussi vécu une histoire d’horreur, lui qui croyait avoir touché le gros lot à la fin des années 1990. À 30 ans, il devenait multimillionnaire après avoir vendu sa start-up à une entreprise américaine. Le hic, c’est qu’il s’était fait payer en actions et qu’il ne pouvait pas les vendre sans l’assentiment du conseil d’administration contrôlé par des gens sans vergogne.

« Grosso modo, on me dit qu’on me met à la porte de ma propre compagnie et on m’explique que je me suis fait avoir », mentionne-t-il. De plus, sans aucun revenu, il se retrouve avec le fisc à ses trousses pour ces actifs de papier. Des tracas fiscaux qui lui coûteront des milliers de dollars à régler pendant que ses actions perdent peu à peu leur valeur pour finalement tomber à zéro, sans qu’il puisse toucher quoi que ce soit.

Connu pour ses interventions à TVA, François Charron a retenu la leçon pour la suite : « Comme entrepreneur, j’ai voulu faire des coups de circuit pendant un bon bout de temps. La plaie guérissant au fil des années, j’ai lancé le projet votresite.ca [vendu en 2020]. »

 

Ça brasse en dehors de la glace

L’ancien porte-couleurs du Canadien de Montréal, Steve Bégin, s’est aussi rendu compte que ce n’est pas que sur la patinoire que ça joue dur.

Sa firme de construction, Nobesco, a connu des difficultés en raison d’un contrat qui a mal tourné. Elle devait lever un pont pour y effectuer des travaux, mais le poids de la structure était beaucoup plus élevé que ce qui avait été fourni par le client, ce qui a engendré des extras que le donneur d’ouvrage refusait d’honorer.

Ils « étirent les paiements pour te forcer à aller en cour. Ils se disent que tu n’as pas les reins assez solides pour supporter les démarches juridiques et parce que ça prendra des années pour récupérer une partie de cet argent-là », souligne l’ancien ailier.

« C’est comme ça que ça marche en affaires. De mon côté, j’ai encore de la misère à m’ajuster parce que c’est complètement différent de lorsque je jouais au hockey, ajoute-t-il. Je peux vous dire que si je cherchais quelque chose de stressant, qui me garde constamment sur le qui-vive… je suis vraiment servi avec Nobesco ! »

Malgré ce désagrément, Steve Bégin a compris l’importance d’avoir des liquidités suffisantes. Nobesco poursuit par ailleurs sa forte croissance : fondée en 2013, elle compte maintenant plus de 120 employés.

 

Le succès de Surmesur

Marqués au fer rouge ne parle pas seulement d’histoires à se tirer les cheveux, comme en témoigne le conte de fées de Surmesur. Cette entreprise, qui crée des vêtements sur mesure, a failli être rayée de la carte au début de la pandémie. Toutefois, grâce à ses contacts en Chine et à son agilité, elle s’est temporairement transformée en importateur de masques chirurgicaux.

« On avait le choix de soit se mettre en petite boule dans un coin, puis se dire « Game over, tout est terminé. On vend, on redonne la maison qu’on avait mise en garantie pour nos divers prêts », ou on essaie une dernière tentative », dit le cofondateur de la PME, Vincent Thériault.

Quelque temps plus tard, le premier ministre du Québec, François Legault, annonçait en conférence de presse que son gouvernement avait trouvé une source d’approvisionnement fiable en masques auprès d’une entreprise québécoise. « On se demandait : “est-ce qu’il parle de nous autres ? C’est quoi cette affaire-là ?” précise Vincent Thériault. Ça nous mettait un peu de pression. On avait dit qu’on livrerait ces cinq millions de masques en moins de 10 jours et c’est ce qu’on a réussi à faire ! »

Il y a aussi d’autres exemples de gens qui n’ont pas été « brûlés au troisième degré », comme Fabio Monti, un restaurateur de Québec. Le propriétaire de L’Atelier, d’Ophelia et d’Odevi s’est ouvert sur l’influence qu’a eue son père dans son parcours.

Grâce à une belle plume, l’auteur réussit à rendre chaque récit captivant. Ces histoires livrent des leçons à ceux qui s’intéressent à l’entrepreneuriat. Que ce soit l’importance d’avoir des assurances, de changer d’institution financière en cas de pépins, en passant par les dangers d’envoyer un courriel sous le coup de l’émotion, les sujets sont variés.

Ceux qui achèteront ce livre donneront à une bonne cause, car Alexandre Vézina s’est engagé à verser toutes ses redevances provenant de cet ouvrage à l’Association des clubs d’entrepreneurs étudiants du Québec.

 

Marqués au fer rouge, d’Alexandre Vézina, est publié aux Éditions GML.