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Technologies: Alithya et l’ambition des acquisitions

Simon Lord|Édition de la mi‑mars 2023

Technologies: Alithya et l’ambition des acquisitions

Alihya compte actuellement 4000 employés partout dans le monde. (Photo: 123RF)

Forte de ses nouvelles acquisitions et toujours à la recherche de nouvelles cibles, Alithya s’est fixé des objectifs de croissance ambitieux dans son plan stratégique 2021-2024.

Bien que son titre en Bourse ait été malmené depuis un an, l’entreprise de services informatiques ne se laisse pas déconcentrer: elle compte les atteindre, sinon les dépasser — récession ou pas.

A lithya réalise normalement de deux à trois acquisitions par année, en moyenne.

En 2022, par exemple, l’entreprise basée à Montréal a réalisé trois acquisitions. En février, elle acquérait Vitalyst, une société américaine qui accompagne les entreprises dans l’adoption d’applications infonuagiques. En avril, elle achetait Trafic3w, une entreprise de Québec qui développe des solutions applicatives dans le secteur public. En juin, c’était au tour de Datum, un joueur américain important des services de transformation numérique, de grossir les rangs de la société québécoise.

Alithya n’a pas d’objectifs précis en ce qui a trait au nombre d’acquisitions par année, note Paul Raymond, président et chef de la direction de l’entreprise depuis 2011. «On ne cherche pas la quantité autant que la qualité.»

Cela dit, l’entreprise n’a toutefois pas l’intention de freiner les acquisitions pour l’instant. Au contraire.

«On garde l’esprit ouvert et on est toujours très actifs sur ce front-là», dit le président. L’an dernier, par exemple, l’entreprise s’est penchée sur 60 candidates recommandées par des banquiers — des sociétés qui cherchaient à se faire acquérir. C’est sans compter qu’Alithya a aussi approché quelques entreprises. Au bout du compte, elle a fait dix offres qui ont mené à trois acquisitions.

 

Entreprises en bonne santé financière

Alithya cherche à acquérir uniquement des entreprises en bonne santé financière.

«On est très sélectif. On ne cherche pas à faire des turnarounds (redressements)», explique Paul Raymond. Souvent, la direction cible de plus petites entreprises nichées qui cherchent à croître rapidement, mais qui n’ont pas nécessairement la plateforme, les infrastructures ou les moyens pour le faire.

Au-delà de la vérification diligente, pour faire un succès de ses acquisitions, Alithya s’assure entre autres que l’équipe de direction reste avec elle après la fusion des activités des deux entreprises. «Si les leaders veulent vendre pour faire un cashout [encaisser], qu’ils ne veulent pas rester avec nous, on passe notre tour. Ce n’est pas notre tasse de thé. Dans notre domaine, les relations sont importantes, alors c’est notre condition numéro un.»

L’entreprise analyse d’ailleurs de très près les conditions de vente pour mieux déterminer les intentions des propriétaires.

«Parfois, les gens nous disent “Oh oui, on veut rester”, mais ils ne veulent pas qu’une partie de la transaction soit effectuée en actions et ne veulent pas de conditions au contrat qui restreindraient leur départ, raconte Paul Raymond. On voit alors bien qu’il y a anguille sous roche.»

Cette approche a toutefois beaucoup de positif: Alithya dit ainsi réussir souvent à réaliser des acquisitions à des prix avantageux. Paul Raymond explique que son entreprise est rarement celle qui offre le plus.

Dans le cas de Vitalyst, par exemple, Alithya a été approchée à la dernière minute dans le processus de vente. Elle a fait une offre rapidement après avoir rencontré l’équipe de gestion — une offre moins élevée que d’autres acheteurs potentiels — et c’est elle qui l’a emporté.

«Quand les dirigeants veulent rester au sein de leur entreprise, assurer la pérennité de ce qu’ils ont bâti et voir leurs équipes progresser, c’est un compromis qu’ils sont prêts à faire, note Paul Raymond. Quand il y a des atomes crochus, ça aide.»

 

Dépasser les attentes

Les acquisitions sont importantes pour Alithya: la moitié de sa croissance provient de celles-ci, alors que l’autre moitié est organique.

Pour le moment, les analystes ont de bonnes attentes en ce qui a trait au chiffre d’affaires d’Alithya. En décembre, la Banque Scotia estimait par exemple que l’entreprise avait un robuste potentiel de croissance.

Les chiffres semblent corroborer. L’entreprise a connu une croissance de 50 % en 2022 et anticipe une croissance de 25 % cette année. Le 14 février, Alithya a dévoilé ses résultats du troisième trimestre de son exercice 2023 (terminé le 31 décembre) avec des revenus en hausse de près de 20 %, à 130,8 millions de dollars (M $), mais aussi avec une perte nette de 5,5 M $, elle qui était de 3,5 M $à la période correspondante un an plus tôt.

Le plan stratégique de trois ans d’Alithya, dévoilé l’an dernier, prévoit que le chiffre d’affaires de l’entreprise atteindra maintenant 600 M $l’an prochain.

«Notre objectif, aujourd’hui, c’est de faire mieux qu’on avait promis. Comme on a environ 520 M $de revenus annuels, actuellement, et qu’on prévoit une croissance de 10 % à 12 % l’an prochain, on atteindra donc le 600 M$ seulement en croissance organique», dit Paul Raymond. Avec des acqui-sitions qui risquent de s’ajouter, il juge que la barre sera assurément franchie.

À plus long terme, d’ici cinq ans, Alithya aimerait dépasser le milliard de dollars en revenus annuels.

«On veut être vus comme des leaders, devenir “le” partenaire de confiance de nos clients», dit Paul Raymond. Malgré les prévisions d’une récession en 2023, celui-ci reste convaincu de pouvoir atteindre ses objectifs.

«Dans notre industrie, je n’ai pas vu de signe de ralentissement, dit-il. Mon expérience avec les deux dernières récessions est que les entreprises profitent des périodes plus turbulentes pour devenir plus efficaces, ce qui passe par nous et par nos services.»

 

Toujours la pénurie

Un défi auquel Alithya devra continuer de s’attaquer pour atteindre les objectifs de son plan de match est celui de la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée.

L’entreprise compte actuellement 4000 employés partout dans le monde. «Mais si on parle d’une croissance de 20% d’ici un an, cela signifie que je dois aller chercher 800 personnes, sans parler de 200 autres, peut-être, qui quitteront et qu’on devra remplacer», dit Paul Raymond. Pour y arriver, l’entreprise a deux solutions à plus court terme. La première consiste à recruter à l’étranger. L’an dernier, ce sont 125 personnes qui sont ainsi venues travailler dans les bureaux canadiens de l’entreprise. La seconde solution consiste à implanter des bureaux à l’international: Alithya dispose de bureaux à différents endroits dans le monde, d’où les employés peuvent travailler.

«Au total, on a 200 personnes qui travaillent dans ces centres, soit 60 au Maroc, 40 en Europe de l’Est, et le reste en Inde, explique Paul Raymond. Et ça va être amené à doubler rapidement pour répondre à la demande.»

 

Vision à long terme

Entrée en Bourse en 2018, l’entreprise a vu son titre atteindre un sommet de 5,82$ en novembre de cette année-là, après un premier appel public à l’épargne à 4,50$. Le titre a toutefois a été «malmené pas mal», reconnaît le président, de sorte qu’il a atteint un creux de 1,95$ à la fin 2022.

Paul Raymond n’est toutefois pas préoccupé. «Sept des huit analystes qui nous suivent recommandent d’acheter notre titre, et ils le voient tous en haut de 3$, dit-il. Pour quelqu’un qui achète maintenant, on parle d’un rendement de 50%: c’est pas pire. On n’est pas dans un sprint, mais dans un marathon, alors je ne suis pas trop inquiet.»

Il insiste sur le fait qu’il ne bâtit pas son entreprise dans le but de la flipper [revendre], mais de la rendre pérenne à long terme, sans quoi il aurait préféré qu’Alithya reste une société à capital fermé.